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Alsace ou Alsaces ? Ligne de partage, histoire partagée

L’Alsace protestante : illusion d’unité, réalités multiples

Les cas de la seigneurie de Bischwiller, du bailliage de Cleebourg et de Sainte-Marie-aux-Mines (XVIIe-XVIIIe siècles)
Protestant Alsace, whose apparent unity actually masks a real diversity, as shown by the estate of Bischwiller and by the bailiwicks of Cleebourg and of Sainte-Marie-aux-Mines in the 17th and 18th centuries
Das protestantische Elsass: Illusion der Einheit, vielfältige Realitäten. Die Beispiele der Herrschaft Bischwiller, der Vogteien von Kleeburg und Markirch (Sainte-Marie-aux-Mines) im 17. -18. Jh.
Raphaël Tourtet
p. 85-101

Résumés

L’historiographie religieuse régionale a longtemps dressé une ligne de partage entre une Alsace catholique et une Alsace protestante au singulier. Cette division étonne pour l’époque moderne quand on sait la pluralité des protestantismes. L’approche comparative entre les cas microhistoriques de Sainte-Marie-aux-Mines, de Bischwiller et du bailliage de Cleebourg veut questionner l’émergence d’une conscience ou d’une appréhension unitaire des protestants en Alsace dès les XVIIe et XVIIIe siècles. Le pluralisme confessionnel de ces trois espaces est représentatif de la complexité protestante dans la région. L’étude des relations et de la coexistence intra-protestante dans ces espaces souligne comment, malgré une proximité dogmatique, des frontières confessionnelles se dressent entre protestants. Si des ententes et des actions communes semblent émerger timidement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, elles restent circonstanciées en fonction de besoins ou pour la défense des droits confessionnels face aux catholiques. Ces ententes évoquent alors plus une reconnaissance mutuelle entre protestants qu’une fraternité ou une conscience d’unité. Cette dernière semble davantage s’amorcer dans le regard extérieur des autorités sur les protestants d’Alsace à la fin du XVIIIe siècle, sans pour autant gommer les différences internes.

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Texte intégral

  • 1 . Claude Muller, « L’œil de l’observateur étranger : Strasbourg en 1721 vu par un Avignonnais », An (...)
  • 2 . Rodolphe Reuss, « Le marquis de Pezay, un touriste parisien en Alsace au XVIIIe siècle », Revue d (...)

1Les récits de voyageurs français venus en Alsace au XVIIIe siècle s’attardent souvent sur les curiosités de cette province, en particulier sur son exotisme protestant. Un soldat anonyme de passage à Strasbourg explique en 1721 que « l’on professe dans cette ville trois religions : la catholique, la calviniste, la luthérienne1 ». Il décrit ensuite, non sans confusion, les différences entre ces protestants. En 1772, le marquis de Pezay note dans un esprit empreint des Lumières et grivois que « c’est [à Strasbourg] que la saine tolérance réunit Luther et Calvin dans un même branle avec de jolies Chrétiennes apostoliques, qui ne les prennent ni pour des dieux ni pour des diables2 ». Ces témoignages soulignent l’écart qui s’est creusé entre la perception du pluralisme protestant alsacien par les contemporains et le développement, dans l’historiographie religieuse régionale, d’une lecture binaire entre une Alsace catholique et une Alsace protestante au singulier.

  • 3 . François-Georges Dreyfus, René Epp, Marc Lienhard (dir.), Catholiques, protestants, juifs en Alsa (...)
  • 4 . Pour les monographies et synthèses régionales se concentrant sur des questions dogmatiques ou sur (...)

2Les travaux sur la coexistence se sont, en effet, presque exclusivement intéressés à la ligne de partage entre catholiques et protestants, sans prendre en compte des phénomènes analogues entre ces derniers3. Si les recherches sur le protestantisme alsacien évoquent, pour leur part, la pluralité des mouvances issues de la Réformation, elles privilégient des approches théologique ou centrée sur le luthéranisme. Bien que majoritaire en Alsace, l’étude de ce dernier marginalise l’appréhension du calvinisme, de l’anabaptisme ou encore du piétisme, souvent limitée à des monographies locales ou confessionnelles4. L’interaction à diverses échelles entre les mouvances protestantes est alors peu considérée. En découle une lecture globale du protestantisme alsacien, entendu comme une unité qui serait opposée au catholicisme. Cependant ce bloc est-il une réalité ou est-ce une facilité de langage, une illusion recomposée a posteriori par l’historiographie régionale ? Peut-on repérer les traces d’une conscience et d’une appréhension commune et unitaire des protestants d’Alsace dès les XVIIe-XVIIIe siècles ?

  • 5 . Archives d’Alsace, site de Strasbourg (AA-S) : séries 2 G 46 ; 2 G 46A (seigneurie de Bischwiller (...)

3La seigneurie de Bischwiller, le bailliage de Cleebourg et la ville de Sainte-Marie-aux-Mines forment trois cas microhistoriques représentatifs de la diversité protestante alsacienne. Les archives paroissiales de ces espaces offrent la possibilité de retracer les interactions de ces communautés protestantes plurielles, tant entre elles qu’avec les autorités territoriales, royales ou catholiques5. La focale relationnelle questionne alors l’existence d’ententes entre les mouvances issues de la Réformation, ainsi que les processus d’identification du protestantisme, supports possibles des traces d’une conscience commune en gestation.

Une Alsace protestante aux multiples facettes

Trois territoires, cinq mouvances

  • 6 . Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte…, op. cit., p. 201‑203.
  • 7 . Julien Léonard, « Des carrières pastorales à Bischwiller (1618-1663). Politique et discipline dan (...)
  • 8 . AA-S, 2 G 46A/12. Recueil des correspondances et ordonnances portant sur le piétisme à Bischwille (...)

4Bischwiller, Sainte-Marie-aux-Mines et le bailliage de Cleebourg connaissent aux XVIIe et XVIIIe siècles un pluriconfessionnalisme représentatif de la complexité protestante alsacienne. Exclave du duché de Deux-Ponts située au sud de Haguenau, la seigneurie de Bischwiller adopte dès 1525 une doctrine réformée consolidée par la conversion au calvinisme du duché bipontin en 15886. Le duc Jean II fonde également dans le bourg, en 1618, une Église calviniste francophone accueillant des coreligionnaires persécutés en Europe. Elle dispose de privilèges et d’une certaine autonomie, oscillant entre deux pôles d’influence : Metz et la Suisse7. Arrivés à la tête de la seigneurie en 1640, les comtes Birkenfeld concurrencent le calvinisme bipontin en introduisant le culte luthérien dans leur résidence. Rapidement, la communauté croît et devient une paroisse indépendante en 1684. Outre ces Églises institutionnelles, la dissidence piétiste se développe aussi à Bischwiller entre 1710 et 1750. Prônant un renouveau de la foi contre l’orthodoxie luthérienne, elle se répand jusque chez les calvinistes et prospère malgré l’effort des autorités pour endiguer cette influence8. Ce petit territoire illustre la pluralité des mouvances protestantes officielles et dissidentes qui se développent en Alsace.

  • 9 . Michelle Magdelaine, « La coexistence confessionnelle à Sainte-Marie-aux-Mines au XVIIe siècle », (...)
  • 10 . Ibid., p. 99 ; Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte..., op. cit., p. 357‑370 et 374‑376.
  • 11 . Michelle Magdelaine, « La coexistence confessionnelle... », art. cit., p. 101.
  • 12 . Ibid., p. 99‑100 ; Jean Séguy, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, op. cit., p. 126 (...)

5Loin d’être une exception, cette complexité se retrouve à Sainte-Marie-aux-Mines, ville partagée entre le duc de Lorraine et les seigneurs de Ribeaupierre. Ces derniers encouragent au XVIe siècle la fondation d’une paroisse calviniste francophone qui se dote en 1588 d’une Confession de foi écrite par son pasteur Marbeuf9. En parallèle, les Ribeaupierre établissent une Église luthérienne, dite « sur le Pré » (auf der Matte), devant satisfaire les mineurs allemands qui travaillent pour eux dans le val d’Argent10. Cette bipolarité protestante évolue après la guerre de Trente Ans en raison de l’arrivée massive de Suisses pour repeupler les terres. Les différences linguistiques et communautaires entre réformés francophones et germanophones entraînent, en effet, un long conflit (1634-1698) qui aboutit à leur division en deux paroisses autonomes11. En outre, l’immigration suisse renforce une présence anabaptiste ancienne dans la vallée. Avec une communauté de 72 familles en 1712, cette dissidence prospère à Sainte-Marie, malgré les tentatives royales d’expulsion12.

  • 13 . Jean-Claude Ruscher, Catharinenburg, résidence princière à Birlenbach, 1619-1755, Drachenbronn-Bi (...)
  • 14 . AA-S, 2 G 73A/6. Prise de possession de l’église de Birlenbach par le pasteur luthérien Beuerle e (...)

6Dans le bailliage de Cleebourg, la pluralité protestante se limite aux confessions officiellement reconnues. Appartenant aux Deux-Ponts, ce bailliage regroupe les villages de Cleebourg, Hunspach, Ingolsheim, Rott, Steinseltz, Oberhoffen, Hoffen, Drachenbronn, et ceux de Birlenbach et Keffenach depuis 1612. Comme à Bischwiller, les Deux-Ponts y instaurent le calvinisme, sauf à Birlenbach, village partagé avec les Dahn puis les Ribeaupierre qui maintiennent le luthéranisme. Cette présence persiste après le rachat de la localité par Jean-Casimir de Deux-Ponts-Cleebourg en 1618. Il en fait le siège de sa principauté de Catherinebourg qui devient une possession privée des rois de Suède13. En 1681, ces derniers héritent du duché bipontin avant qu’il ne revienne en 1733 aux Birkenfeld. Les deux autorités promeuvent, dans les limites des traités de Westphalie, le luthéranisme sur ces terres réformées. Le bailliage de Cleebourg n’échappe pas à cette dynamique où Birlenbach constitue un appui pour diffuser le culte luthérien, surtout à Hunspach et Keffenach14.

7Le pluralisme des mouvances issues de la Réforme protestante n’apparaît pas ici comme le fruit de quelques cas isolés. Il se rencontre au contraire à toutes les échelles dans l’Alsace moderne : au village, dans des entités administratives larges ou encore à l’échelon régional.

Églises territoriales : expériences variées du luthéranisme et du calvinisme

  • 15 . Martin Heckei, « Religionsbann und landesherrliches Kirchenregiment », in Hans-Christoph Rublack (...)

8Les structures ecclésiastiques territoriales renforcent également la multiplicité des cadres religieux protestants et des expériences du luthéranisme ou du calvinisme en Alsace. En effet, le droit de Kirchenregiment hérité du Saint-Empire confère aux autorités temporelles protestantes la gouvernance des Églises. Le prince est summus episcopus en ses terres, suppléé par une administration religieuse plus ou moins formelle15. Ces Églises territoriales (Landeskirchen) introduisent des inflexions régionales au sein des confessions protestantes officielles, modulant l’encadrement des fidèles, les pratiques liturgiques, la discipline, la censure… L’expérience luthérienne ou calviniste varie alors d’un espace à l’autre, ce que souligne la comparaison entre Sainte-Marie-aux-Mines et les terres bipontines de Bischwiller et de Cleebourg.

  • 16 . Sur le fonctionnement de l’Église réformée de Sainte-Marie : Michelle Magdelaine, « Censurer-excl (...)
  • 17 . AA-C, 201 J 1 f. 18.
  • 18 . Sur l’Église territoriale bipontine, voir la thèse de Frank Konersmann, Kirchenregiment und Kirch (...)

9Les paroisses luthérienne et calviniste de Sainte-Marie conservent tout au long de l’époque moderne leurs organisations ecclésiastiques respectives et autonomes, développées depuis le XVIe siècle. L’Église calviniste est divisée entre un Grand et un Petit consistoire qui gèrent la discipline et la vie religieuse réformée dans le val d’Argent16. La communauté luthérienne observe, de son côté, les règles du Convent ecclésiastique de Strasbourg sans pour autant en dépendre17. C’est le seigneur de Ribeaupierre – puis le comte de Birkenfeld – qui chapeaute au cas par cas, depuis la chancellerie de Ribeauvillé, ces deux organisations religieuses indépendantes. Les paroisses calvinistes de Bischwiller et du bailliage de Cleebourg ne disposent pas de cette autonomie. Elles s’intègrent à l’Église territoriale bipontine, dominée par le Haut-Consistoire réformé qui centralise à Deux-Ponts la gestion des affaires religieuses. L’implantation luthérienne dans ces terres depuis la gouvernance suédoise et l’arrivée des Birkenfeld à la tête du duché en 1733 entraîne le dédoublement de cette administration par la création d’un Consistoire luthérien concurrençant celui réformé. Ces deux organes pyramidaux assurent l’unité et la discipline luthérienne et calviniste des paroisses de l’ensemble du territoire18.

  • 19 . Quelques exemples de cette omniprésence des autorités consistoriales : « Abschaffnung der offentl (...)
  • 20 . La paroisse réformée allemande de Sainte-Marie-aux-Mines ne compte dans son recueil d’ordonnances (...)
  • 21 . Pfaltz-Zweybrückisch Evangelisches Gesang-Buch mit Gebet-Büchlein welches Unter der hohen Ober-Vo (...)
  • 22 . Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte..., op. cit., p. 374‑375.

10Ces structures différenciées participent à la pluralité des expériences protestantes. Le poids de la Landeskirche de Deux-Ponts conduit, en effet, à une centralisation de tous les éléments de la vie des paroisses – y compris des affaires triviales – et une normalisation des pratiques et de l’encadrement religieux. La production réglementaire dense du Haut-Consistoire réformé à Cleebourg souligne l’omniprésence de l’autorité territoriale19, tandis qu’elle apparaît moindre à Sainte-Marie-aux-Mines20. L’indépendance des paroisses du val d’Argent laisse entrevoir un encadrement luthérien ou calviniste différent, davantage marqué par une autogestion communautaire au détriment, peut-être, d’une orthodoxie et d’une unité plus régionale. Ces différences territoriales ont des répercussions au quotidien sur les pratiques des fidèles telles que le chant par exemple. Alors qu’à Bischwiller et dans le bailliage de Cleebourg le Gesangbuch de l’Église luthérienne bipontine est instauré en 174021, les luthériens de Sainte-Marie chantent, eux, leurs propres cantiques. Publié en 1722 par le pasteur Clemens Titelius, le recueil intitulé « Bergmännische Gott- geheiligte Andachten… » est alors utilisé par cette seule communauté22.

11Le morcellement des structures ecclésiastiques fait donc varier en fonction des territoires les formes et les expériences au sein du luthéranisme et du calvinisme, renforçant l’image d’un kaléidoscope protestant en Alsace. Face à cette réalité, peut-on observer dans les interactions et la coexistence entre protestants l’émergence d’une conscience unitaire au-delà des différences ?

Une difficile conscience commune entre protestants ?

La coexistence intra-protestante

  • 23 . Sur la construction des frontières confessionnelles, voir par exemple la synthèse : Bertrand Forc (...)

12Malgré une proximité dogmatique qui laisserait penser à une entente entre les différentes mouvances protestantes, les relations entretenues par les paroisses étudiées mettent en avant des processus de différenciation entre chaque camp. Le partage de l’espace et les mariages mixtes constituent, sans être les seuls, des moments où se construisent les frontières confessionnelles entre les communautés luthériennes et calvinistes, rappelant des processus semblables rencontrés entre catholiques et protestants 23.

  • 24 . AA-S, E 20 f. 88-89.
  • 25 . AA-S, 2 G 46A/7. Rappels des ordonnances de 1686 et 1690 en 1710, 1714, 1741 et 1764.

13L’appropriation de l’espace conduit à de nombreuses confrontations intra-protestantes, fruit d’une promiscuité quotidienne et d’un besoin de distinction entre chaque groupe. Dès 1618, les deux paroisses calvinistes de Bischwiller se partagent l’église. Les tensions sont importantes allant jusqu’à des tirs d’arquebuse des paroissiens français pendant le culte allemand24. À partir de 1684, le simultaneum protestant inclut les luthériens et se trouve encadré par un règlement des heures de culte. La répétition de ce règlement entre 1686 et 1764 ainsi que les plaintes contre la monopolisation du temple par certaines paroisses témoignent des tensions entre protestants à Bischwiller25. L’usage de l’espace est alors un enjeu pour chaque groupe afin de montrer à l’autre sa présence, si ce n’est sa prééminence.

  • 26 . AA-S, 2 G 73A/8 f. 34 [recto] : « nicht sonder Befremdung ersehen, welcher maasen die reformirte (...)
  • 27 . Voir par exemple l’appropriation de l’espace par les catholiques dans l’Eichsfeld lors des pèleri (...)

14Le partage de l’espace est tout aussi compliqué dans le bailliage de Cleebourg quand, en juin 1721, le pasteur luthérien Beuerle de Birlenbach découvre « non sans étonnement [que] les paroissiens réformés de Cleebourg ne veulent plus laisser les luthériens entrer dans l’église de ce lieu, et que, dernièrement encore [il] a trouvé les portes de l’église fermée à clé26 ». L’itinérance du pasteur luthérien de Birlenbach dans des villages calvinistes pose ici problème. Les réformés de Cleebourg la perçoivent comme un prosélytisme qu’ils refusent. La maîtrise de l’espace participe alors à la construction des frontières confessionnelles entre protestants, tout comme elle les dresse entre catholiques et protestants27.

  • 28 . AA-S, 2 G 73A/8 f. 14 [recto] : « seynd noch vor die predigt sambtliche reformirte, bürgerliche E (...)
  • 29 . On retrouve ce rôle des mariages mixtes dans la construction des frontières confessionnelles entr (...)

15Les mariages mixtes éclairent également ces processus de différenciation. Pratiqués malgré les réticences des autorités, les mariages entre luthériens et calvinistes font l’objet de réglementations strictes qui délimitent les prétentions de chaque camp, en particulier sur la confession des enfants issus de ces lits. Pour autant, les ministres protestants cherchent tant bien que mal à baptiser des enfants au profit de leur confession. Le pasteur réformé Möllenthiel de Rott déplore ainsi le 10 mars 1721 que « avant le sermon, tous les habitants réformés de Birlenbach sont venus [le] voir pour se plaindre que M. Beuerle, pasteur évangélique luthérien, avait baptisé une fille dont la mère était de religion réformée et le père de religion évangélique luthérienne contrairement au règlement28 ». L’excès de zèle du pasteur luthérien est un outrage pour l’ensemble de la paroisse réformée, et non une simple atteinte au règlement. Ce baptême se comprend comme une forme de prosélytisme participant à la définition des frontières confessionnelles entre ces communautés29. Les relations intra-protestantes sont donc loin d’être pacifiées et semblent difficilement manifester une unité revendiquée entre protestants.

Ententes protestantes : une conscience commune en gestation ?

  • 30 . AA-C, 201 J 48 f. 22 [recto] : « waß die Person unsers Pfarrers betrifft, so ist gnugsam bekant, (...)

16Malgré ces processus de différenciation, des traces d’entente entre les communautés apparaissent ponctuellement dans les archives. Le 17 février 1697, on apprend par exemple au détour d’un mémoire produit par l’église luthérienne de Sainte-Marie qu’« il est suffisamment connu [que son pasteur Goldmann] s’est toujours comporté avec tout le monde, et en particulier avec les pasteurs réformés, de telle sorte qu’ils ne se quittent pas seulement avec des larmes, mais qu’ils entretiennent jusqu’à cette heure une correspondance personnelle entre eux30 ». Il existerait ainsi une véritable fraternité entre les pasteurs protestants du lieu au-delà des clivages internes. La portée de cette entente est cependant à nuancer, car évoquée par les luthériens pour se défendre d’une accusation de prosélytisme.

  • 31 . AA-C, 202 J 78 no3 f. 1 [recto-verso].
  • 32 . AA-S, 2 G 46/1 f. 422-423 et 2 G 46A/7. Nomination de Philipp David Küssler, 22 septembre 1761.

17Après l’incendie de leur église en 1754, la communauté luthérienne de Sainte-Marie se tourne vers les réformés français et allemands. Ils espèrent continuer leur culte dans le temple de ces derniers le temps de la reconstruction de leur édifice. Les réformés acceptent non sans conditionner cette solidarité par un contrat précis, laissant peu de place à une rhétorique fraternelle entre protestants31. L’intérêt économique prime ici. C’est le cas également à Bischwiller quand luthériens, calvinistes francophones et germanophones décident de partager les coûts d’embauche d’un organiste, Philipp David Küssler, en 1761. Cet accord est cependant rompu dès 1765 par les réformés allemands32.

18En 1751-1756 une entente plus fraternelle entre les réformés français de Bischwiller et les luthériens se remarque à travers la quête commune qu’ils organisent dans les pays protestants pour reconstruire leurs presbytères. Cette collecte se fait au nom des deux confessions. Les luthériens reçoivent alors des quêteurs calvinistes dont le parcours traverse des terres réformées, pas moins de 1 306 livres, et inversement. Bien que la rhétorique utilisée pour ces quêtes ne soit pas connue, une forme de solidarité protestante transversale, dépassant le clivage luthérien/calviniste, semble à l’œuvre.

19Ces exemples pourraient être multipliés, surtout dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Les protestants semblent de plus en plus dépasser leurs clivages internes, témoignant peut-être des prémices d’une reconnaissance mutuelle. Toutefois, ces ententes restent contractuelles et liées à des besoins spécifiques. Elles n’induisent pas la disparition des frontières confessionnelles, toujours manifestes entre chaque groupe. La vision unitaire des protestants en Alsace à l’époque moderne n’est donc peut-être pas tant à chercher dans le rapport entre les protestants eux-mêmes que dans celui entretenu avec les catholiques ou les autorités territoriales.

Rapport aux catholiques et regard des autorités sur les protestants

Faire front commun contre les catholiques ?

  • 33 . AA-C, 202 J 79 no4.
  • 34 . AA-S, 2 G 73A/9 f. 86-90.
  • 35 . AA-S, 2 G 73A/9. Plainte du pasteur Martin de Birlenbach, 26 mars 1761.

20Les relations conflictuelles avec les catholiques ont-elles joué un rôle fédérateur pour les protestants d’Alsace ? Toutes les paroisses étudiées connaissent des tensions avec les catholiques. À Sainte-Marie, le curé fait par exemple croire en 1727 aux pasteurs réformés que les collectes organisées dans l’évêché de Strasbourg s’appliquent également aux protestants. Les autorités comtales réfutent cette affirmation et rappellent que ces ordres « ne regarde[nt] absolument que les Cures de [l’] Eveché, et non pas les Ministres protestants 33 ». Le 20 janvier 1746, les réformés de Keffenach se plaignent que les catholiques leur refusent l’accès aux cloches pour leurs enterrements allant jusqu’à clouer les portes du clocher34. Le 26 mars 1761, le pasteur luthérien Martin de Birlenbach explique qu’à Keffenach, annexe de sa paroisse, les catholiques ont remplacé la croix en bois du cimetière par une croix en pierre sans concertation avec les luthériens35. Les protestants d’Alsace subissent indistinctement le prosélytisme catholique.

  • 36 . Christophe Duhamelle, « Confession, confessionnalisation », Histoire, monde et cultures religieus (...)
  • 37 . AA-S, 2 G 40/5 f. 6 [recto]. Jean-Pierre Kintz (dir.), 350e anniversaire des Traités de Westphali (...)

21Leur réaction relève alors d’une dynamique commune : la défense des droits confessionnels hérités du Saint-Empire36. Luthériens et calvinistes utilisent, en effet, une rhétorique semblable qui mobilise et défend les traités de Westphalie et la paix de Ryswick. Ces textes deviennent un marqueur identitaire commun aux deux confessions qui les intègrent à leurs propres mémoires collectives. La chronique réformée française de Bischwiller parle par exemple en 1787 des « traités fameux de Westphalie » comme référent historique de la communauté37. La défense des droits confessionnels et la mobilisation de cette mémoire poussent alors luthériens et calvinistes à se penser comme un bloc pouvant être solidaire quand ils s’opposent aux catholiques.

  • 38 . Claude Muller, « Un auvergnat à Strasbourg : Toussaint Duvernin, évêque d’Arath de 1757 a 1785 (...)
  • 39 . AA-C, 202 J 79 no5.
  • 40 . AA-S, 2 G 46/5. Mémoire de l’Herminier, Lambon, Gillet et Mallard de 1763 sur l’affaire Toussaint (...)

22L’affaire Toussaint Duvernin de 1762 en témoigne. Suffragant de l’évêque de Strasbourg, ce dernier veut soumettre les calvinistes d’Alsace aux curés catholiques pour les baptêmes, mariages, et enterrements au sein des terres simultanées38. Une levée de boucliers des calvinistes se manifeste, notamment à Sainte-Marie-aux-Mines. Les Églises réformées donnent en 1764 à la paroisse de Wolfisheim une procuration pour toute procédure devant garantir les libertés de conscience, en leur nom et en celui des paroisses calvinistes d’Alsace39. Outre les concernés, les luthériens aussi décident de réagir et de faire corps avec les calvinistes. La défense des droits de culte fédère : toute attaque contre une mouvance devient une potentielle attaque contre l’ensemble des Églises protestantes. Les princes luthériens et calvinistes engagent ensemble des poursuites contre l’évêché de Strasbourg par le biais de leurs avocats l’Herminier, Lambon, Gillet et Mallard40.

23Pour la défense des droits confessionnels, il semble que les protestants aient conscience de leur interdépendance face aux catholiques. Pour autant, cette unité reste limitée à la reconnaissance d’un droit confessionnel commun et défendu en bloc, qui respecte lui-même la distinction entre les deux confessions protestantes.

Autorités politiques et lecture binaire… la messe n’est pas dite

  • 41 . Thèse de doctorat en cours : Raphaël Tourtet, Des protestantismes à un protestantisme. Place et r (...)

24Dernière hypothèse, l’unité protestante de l’Alsace se construit-elle à l’époque moderne dans le système de désignation des protestants par les autorités ? Pour répondre à cela, la focale porte sur la manière dont les protestants peuvent être nommés au sein des correspondances avec les autorités territoriales ou françaises. Les résultats exposés ici reposent sur des impressions d’ensemble qu’une étude quantitative en cours permettra d’objectiver41.

  • 42 . AA-S, 2 G 46A/7. Plainte commune des pasteurs de Bischwiller sur les heures de culte, 28 juin 171 (...)
  • 43 . AA-S, 2 G 73A/1. Mémoire sur le statut des paroisses du bailliage de Cleebourg, 1er juillet 1785.
  • 44 . AA-C, 202 J 78 no4.
  • 45 . Frank Konersmann, Kirchenregiment und Kirchenzucht, op. cit., p. 605‑619.

25L’emploi de termes génériques comme « protestants », « evangelisch » ou « protestierenden Kirchen » est peu répandu chez les luthériens et les calvinistes eux-mêmes pour désigner leurs groupes, même lors de pétitions communes. Sur l’ensemble du corpus, ces termes n’ont été rencontrés qu’à deux reprises à Bischwiller sous la plume de pasteurs42. À l’inverse, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, on constate à Bischwiller et Cleebourg que les écrits du gouvernement et des Consistoires réformé et luthérien de Deux-Ponts emploient de plus en plus un vocable commun pour parler des luthériens et des réformés. En 1785, ils utilisent par exemple les termes de « Protestanten », « protestantsiche Kirchen-Vorsteher », « protestantisch » et surtout « evangelisch » pour évoquer le statut des paroisses du bailliage de Cleebourg et la coprésence luthérienne et calviniste43. À Sainte-Marie-aux-Mines, l’autorité Birkenfeld emploie aussi ces désignations génériques dans une lettre du 20 juillet 1786 contre le pasteur luthérien, ordonnant de « maintenir l’exercice des religions protestantes dans la forme prescrite44 ». L’usage par les autorités de ces catégories globales témoigne d’une évolution progressive du regard porté sur les protestants d’Alsace dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il en ressort une lecture plus transversale des protestantismes et une reconnaissance par les autorités d’une certaine unité. Cette évolution pourrait s’expliquer dans le cas des terres bipontines par la fusion des Consistoires réformé et luthérien qui encourage une administration protestante mixte, gommant peut-être certaines frontières internes45.

  • 46 . François-Henri De Boug, Recueil des édits, déclarations, lettres patentes, arrêts du Conseil d’ét (...)

26Il est à noter que l’usage de ces catégories semble surtout se rencontrer en français. Peut-on y voir l’influence du pouvoir royal en Alsace ? En effet, le protestantisme reste en France une unité dissidente, interdite depuis 1685. On pourrait imaginer un transfert des termes et paradigmes servant à penser le protestantisme depuis les autorités royales vers les administrations locales. Pourtant, si l’on observe la législation religieuse du roi en Alsace, force est de constater un respect strict de la distinction confessionnelle entre luthériens et calvinistes. Le terme générique de « protestant » n’est que rarement employé car il risque de porter à confusion par rapport aux traités de Westphalie. Les Ordonnances d’Alsace publiées par de Boug en 1775 ne possèdent par exemple aucune entrée « protestant » dans sa table alphabétique, mais bien des entrées distinctes pour « calvinistes » et « luthériens46 ».

27Les interactions avec les autorités territoriales semblent donc davantage manifester une lecture unitaire de la diversité protestante alsacienne. Elle serait le produit d’un regard extérieur, institutionnel et de plus en plus sécularisé sur une réalité confessionnelle complexe. Toutefois, cette lecture unitaire reste encore très embryonnaire à la fin de l’époque moderne et ne gomme pas les frontières intra-protestantes, toujours bien présentes.

28In fine, la ligne de partage opposant une Alsace protestante à une Alsace catholique semble une facilité de langage et une recomposition a posteriori de l’historiographie religieuse régionale. Les exemples présentés soulignent l’enchevêtrement des frontières propres aux protestantismes. Loin d’être pacifiées, les relations entre luthériens et calvinistes sont tout aussi difficiles que celles avec les catholiques. Si des actions communes semblent possibles à partir du XVIIIe siècle et témoignent d’une reconnaissance mutuelle, celle-ci reste partielle, éloignée d’une forme de fraternité. Les frontières et les revendications propres à chaque confession restent fortes et font de l’unité protestante une conscience commune encore en gestation – du moins à l’échelle régionale. La reconnaissance mutuelle, l’interdépendance ou le regard extérieur unitaire sur les protestants repérés à la fin de l’époque moderne apparaissent donc comme les prémices lointaines d’une unité protestante qui se cherche encore au XXIe siècle.

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Notes

1 . Claude Muller, « L’œil de l’observateur étranger : Strasbourg en 1721 vu par un Avignonnais », Annuaire de la Société des amis du Vieux Strasbourg, no31, 2004-2005, p. 73.

2 . Rodolphe Reuss, « Le marquis de Pezay, un touriste parisien en Alsace au XVIIIe siècle », Revue d’Alsace, no5, 1875, p. 55.

3 . François-Georges Dreyfus, René Epp, Marc Lienhard (dir.), Catholiques, protestants, juifs en Alsace, Mulhouse, Alsatia, 1992, 238 p. ; Claude Muller, Bernard Vogler, Catholiques et protestants en Alsace : le simultaneum de 1802 à 1982, Strasbourg, Librairie ISTRA, 1983, 270 p. ; Alfred Wahl, Petites haines ordinaires : histoire des conflits entre catholiques et protestants en Alsace, 1860-1940, Strasbourg, Nuée Bleue, 2004, 283 p. Quelques exemples d’études spécifiques sur la coexistence entre catholiques et protestants et le simultaneum : Valérie Feuerstoss, « Alternative et Simultaneum dans le bailliage de Barr : un nouvel équilibre entre luthériens et catholiques, 1681-1789 », Annuaire de la Société d’histoire et d’archéologie de Dambach-la-Ville, Barr, Obernai, no47, 2013, p. 115‑130 ; Claude Muller, « La tension entre protestants et catholiques dans le bailliage de Harskirchen (1697-1793) », Pays d’Alsace, revue de la société d’histoire de Saverne, no 124, 1983, p. 31‑38 ; Idem, « Entre paix et tumulte. Les catholiques, les protestants et le simultaneum dans la Hardt et le Ried », Annuaire de la société d’histoire de la Hardt et du Ried, no20, 2007-2008, p. 69‑91.

4 . Pour les monographies et synthèses régionales se concentrant sur des questions dogmatiques ou sur le luthéranisme : Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte der elsaessischen Territorien bis zur franzoesischen Revolution, Strasbourg, J. H. Heitz, 1928, XIX‑598 p. ; Henri Strohl, Le protestantisme en Alsace, nouv. éd., Strasbourg, Oberlin, 2000, 477 p. ; Bernard Vogler, Histoire des chrétiens d’Alsace des origines à nos jours, Paris, Desclée, 1994, 429 p. ; Marc Lienhard, Foi et vie des protestants d’Alsace, Strasbourg, Oberlin, 1981, 174 p. Quelques études sur le calvinisme et sur les dissidences protestantes : François Klee, Die Hugenotten im Elsass…, Limburg a. d. Lahn, C. A. Starke, 1962, 16 p. ; Jean Séguy, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, Paris-La Haye, Mouton, 1977, 904 p. ; Fabienne Bucher-Burger, Recherches sur le piétisme à Strasbourg et en Basse-Alsace au XVIIIe siècle, thèse de 3e cycle en histoire sous la direction de Georges Livet, Université de Strasbourg 2, 1988.

5 . Archives d’Alsace, site de Strasbourg (AA-S) : séries 2 G 46 ; 2 G 46A (seigneurie de Bischwiller) et 2 G 73A (bailliage de Cleebourg). Archives d’Alsace, site de Colmar (AA-C) : série 201 J et 202 J (Sainte-Marie-aux-Mines).

6 . Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte…, op. cit., p. 201‑203.

7 . Julien Léonard, « Des carrières pastorales à Bischwiller (1618-1663). Politique et discipline dans une communauté de réfugiés », Revue historique, vol. 688, no4, 2018, p. 795‑836.

8 . AA-S, 2 G 46A/12. Recueil des correspondances et ordonnances portant sur le piétisme à Bischwiller entre 1705 et 1750.

9 . Michelle Magdelaine, « La coexistence confessionnelle à Sainte-Marie-aux-Mines au XVIIe siècle », Société d’histoire du Val de Lièpvre, no31, 2009, p. 98‑99.

10 . Ibid., p. 99 ; Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte..., op. cit., p. 357‑370 et 374‑376.

11 . Michelle Magdelaine, « La coexistence confessionnelle... », art. cit., p. 101.

12 . Ibid., p. 99‑100 ; Jean Séguy, Les Assemblées anabaptistes-mennonites de France, op. cit., p. 126‑136 et 139‑142.

13 . Jean-Claude Ruscher, Catharinenburg, résidence princière à Birlenbach, 1619-1755, Drachenbronn-Birlenbach, Association Patrimoine Drachenbronn-Birlenbach, 2019, p. 54‑55.

14 . AA-S, 2 G 73A/6. Prise de possession de l’église de Birlenbach par le pasteur luthérien Beuerle en 1699. Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte…, op. cit., p. 207‑217 ; Jean-Claude Ruscher, Catharinenburg, résidence, op. cit., p. 143‑144.

15 . Martin Heckei, « Religionsbann und landesherrliches Kirchenregiment », in Hans-Christoph Rublack (dir.), Die lutherische Konfessionalisierung in Deutschland, Gütersloh, Gütersloher Verlagshaus Gerd Mohn, 1992, p. 130-162, et Christophe Duhamelle, « Kirchenregiment », in Histoire du Saint-Empire – regards franco-allemands [en ligne : https://saintempire.hypotheses.org/publications/glossaire/kirchenregiment, consulté le 22 décembre 2022].

16 . Sur le fonctionnement de l’Église réformée de Sainte-Marie : Michelle Magdelaine, « Censurer-exclure dans un environnement pluri-confessionnel : l’exemple de Sainte-Marie-aux-Mines au XVIIe siècle », Société d’histoire du Val de Lièpvre, no33, 2011, p. 41‑57.

17 . AA-C, 201 J 1 f. 18.

18 . Sur l’Église territoriale bipontine, voir la thèse de Frank Konersmann, Kirchenregiment und Kirchenzucht im frühneuzeitlichen Kleinstaat : Studien zu den herrschaftlichen und gesellschaftlichen Grundlagen des Kirchenregiments der Herzöge von Pfalz-Zweibrücken 1410-1793, Köln, Rheinland Verlag in Kommission bei R. Habelt, 1996, 718 p.

19 . Quelques exemples de cette omniprésence des autorités consistoriales : « Abschaffnung der offentl. Kirchenbuß 266 », « H. Insp. Soll berichten welche geistl. Gebäude zu repariren, von einem zuerbauen 270 », « Rescript die mißbrauche bey Kindtauffen betreff. 277 » (AA-S, 2 G 73A/1. Liste partielle des rescrits du Haut-consistoire de Deux-Ponts à Cleebourg, avec numéros de page).

20 . La paroisse réformée allemande de Sainte-Marie-aux-Mines ne compte dans son recueil d’ordonnances religieuses que 38 décrets pour tout le XVIIIe siècle (AA-C, 202 J 92), tandis que la paroisse bipontine de Hunspach en compte plus d’une trentaine pour la seule période de 1720-1745 (Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte…, op. cit., p. 210‑211).

21 . Pfaltz-Zweybrückisch Evangelisches Gesang-Buch mit Gebet-Büchlein welches Unter der hohen Ober-Vormundschafftlichen Lands-Regierung, der … Fürstin … Carolinae …, Zweibrücken, Stengrot, 1740, 43 p. [en ligne : https://opacplus.bsb-muenchen.de/title/BV001612002, consulté le 22 décembre 2022].

22 . Johann Adam, Evangelische Kirchengeschichte..., op. cit., p. 374‑375.

23 . Sur la construction des frontières confessionnelles, voir par exemple la synthèse : Bertrand Forclaz (dir.), L’expérience de la différence religieuse dans l’Europe moderne : XVIe-XVIIIe siècles, Neuchâtel, éditions Alphil-Presses universitaires suisses, 2013, 410 p.

24 . AA-S, E 20 f. 88-89.

25 . AA-S, 2 G 46A/7. Rappels des ordonnances de 1686 et 1690 en 1710, 1714, 1741 et 1764.

26 . AA-S, 2 G 73A/8 f. 34 [recto] : « nicht sonder Befremdung ersehen, welcher maasen die reformirte gemeins leüthe zu Cleburg die lutheranern den nichtmehr in dasige Kirche gehen lassen wollen, sondern noch letzthie obgedachter Pfarrer Beüerle die Kirchenthür zugeschlossen haben sollen ».

27 . Voir par exemple l’appropriation de l’espace par les catholiques dans l’Eichsfeld lors des pèlerinages : Christophe Duhamelle, La frontière au village : une identité catholique allemande au temps des Lumières, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2010, p. 153‑179. Ou encore la construction des frontières confessionnelles à travers le simultaneum dans le duché de Deux-Ponts : Laurent Jalabert, « Un lieu de culte, deux confessions : le simultaneum et la définition des espaces religieux dans le duché de Deux-Ponts au XVIIIe siècle », in Olivier Christin et Yves Krumenacker, Les protestants à l’époque moderne : une approche anthropologique, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2017, p. 175‑187.

28 . AA-S, 2 G 73A/8 f. 14 [recto] : « seynd noch vor die predigt sambtliche reformirte, bürgerliche Einwohner zu Birlenbach zu mir gekommen, und klagend mir vorgebracht, wie daß Herr Beürle, dasiger evangelisch-lutherischer Pfarrer nicht nur ein töchtelin, dessen mutter reformirter, der vatter aber ev.-lutherischer religion ist, dem reglement zu wider, verwichenen freytag getaufft habe. »

29 . On retrouve ce rôle des mariages mixtes dans la construction des frontières confessionnelles entre catholiques et protestants : Laurent Jalabert, Catholiques et protestants sur la rive gauche du Rhin : droits, confessions et coexistence religieuse de 1648 à 1789, Bruxelles-New York, P.I.E. Peter Lang, 2009, p. 482‑491 ; Michelle Magdelaine, « La coexistence confessionnelle… », op. cit., p. 108‑112 ; Étienne François, Protestants et Catholiques en Allemagne : identités et pluralisme, Augsbourg, 1648-1806, Paris, Michel, 1993, p. 203‑216.

30 . AA-C, 201 J 48 f. 22 [recto] : « waß die Person unsers Pfarrers betrifft, so ist gnugsam bekant, daß derselbe mit jedermann, absonderlich aber mit den reformirten Herrn Pfarrn, sich jederzeit allso betragen, daß sie nicht allein mit thränen von einander geschieden, sonder nach biß auff diese Stund vertrauliche Correspondentz miteinander unterhalten ».

31 . AA-C, 202 J 78 no3 f. 1 [recto-verso].

32 . AA-S, 2 G 46/1 f. 422-423 et 2 G 46A/7. Nomination de Philipp David Küssler, 22 septembre 1761.

33 . AA-C, 202 J 79 no4.

34 . AA-S, 2 G 73A/9 f. 86-90.

35 . AA-S, 2 G 73A/9. Plainte du pasteur Martin de Birlenbach, 26 mars 1761.

36 . Christophe Duhamelle, « Confession, confessionnalisation », Histoire, monde et cultures religieuses, vol. 26, no2, 2013, p. 64‑65.

37 . AA-S, 2 G 40/5 f. 6 [recto]. Jean-Pierre Kintz (dir.), 350e anniversaire des Traités de Westphalie 1648-1998 : une genèse de l’Europe, une société à reconstruire ; actes du colloque international tenu à l’initiative de l’Université Marc Bloch, Université des Sciences Humaines et de la Ville de Strasbourg ; Strasbourg, Palais de l’Université, Salle Tauler, 15 au 17 octobre 1998, Strasbourg, Presses universitaires de Strasbourg, 1999, p. 147‑154.

38 . Claude Muller, « Un auvergnat à Strasbourg : Toussaint Duvernin, évêque d’Arath de 1757 a 1785 », Annuaire de la Société des amis du Vieux Strasbourg, no 32, 2006, p. 123-124 et Idem (dir.), Regards sur l’Alsace du XVIIIe siècle / Journée d’études organisée par l’Institut d’Histoire d’Alsace, Nancy, éd. du Signe, 2017, p. 301-302.

39 . AA-C, 202 J 79 no5.

40 . AA-S, 2 G 46/5. Mémoire de l’Herminier, Lambon, Gillet et Mallard de 1763 sur l’affaire Toussaint Duvernin.

41 . Thèse de doctorat en cours : Raphaël Tourtet, Des protestantismes à un protestantisme. Place et rôle des liens interparoissiaux dans la manifestation et l’évolution des identités confessionnelles protestantes en Alsace (XVIIe-XVIIIe siècles), sous la direction de Laurent Jalabert et de Christophe Duhamelle, Université de Lorraine [en ligne : https://www.theses.fr/s298036, consulté le 22 décembre 2022].

42 . AA-S, 2 G 46A/7. Plainte commune des pasteurs de Bischwiller sur les heures de culte, 28 juin 1714. AA-S, 2 G 46A/7. Lettre des paroisses protestantes de Bischwiller pour l’exemption de corvée des marguilliers, 9 août 1745.

43 . AA-S, 2 G 73A/1. Mémoire sur le statut des paroisses du bailliage de Cleebourg, 1er juillet 1785.

44 . AA-C, 202 J 78 no4.

45 . Frank Konersmann, Kirchenregiment und Kirchenzucht, op. cit., p. 605‑619.

46 . François-Henri De Boug, Recueil des édits, déclarations, lettres patentes, arrêts du Conseil d’état et du Conseil Souverain d’Alsace, ordonnances et réglements concernant cette province. I. II, 1657-1770, Colmar, J. H. Decker, 2 vol., 1775.

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Pour citer cet article

Référence papier

Raphaël Tourtet, « L’Alsace protestante : illusion d’unité, réalités multiples »Revue d’Alsace, 149 | 2023, 85-101.

Référence électronique

Raphaël Tourtet, « L’Alsace protestante : illusion d’unité, réalités multiples »Revue d’Alsace [En ligne], 149 | 2023, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/alsace/5556 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pjo

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Auteur

Raphaël Tourtet

Doctorant contractuel en histoire moderne, université de Lorraine, CRULH

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Droits d’auteur

CC-BY-SA-4.0

Le texte seul est utilisable sous licence CC BY-SA 4.0. Les autres éléments (illustrations, fichiers annexes importés) sont « Tous droits réservés », sauf mention contraire.

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