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AccueilNuméros149Alsace ou Alsaces ? Ligne de part...Un Landgraben et deux landgraviat...

Alsace ou Alsaces ? Ligne de partage, histoire partagée

Un Landgraben et deux landgraviats : l’Alsace en elle-même

Alsace and its internal divisions
Ein Landgraben und zwei Landgraften: so das Elsass
Benoît Jordan
p. 29-45

Résumés

Le Landgraben trace une ligne fictive, une frontière intérieure, entre la Haute-Alsace et la Basse-Alsace. Cette ligne de séparation correspond certes à une réalité historique, mais dont le tracé et la conception ont varié dans le temps. La même racine Land renvoie aux termes de landgraviat, de Landvogt, de Landweibel… Ces désignations font l’objet d’interrogations et d’exposés qui les présentent comme des éléments intrinsèques à l’histoire de l’Alsace, renvoyant à toute la région ou seulement à une partie de son territoire. Y aurait-il, dans la réalité historique autant que dans l’imaginaire collectif d’érudits, deux Alsaces, celle du Nord et celle du Sud, un patriotisme de la petite patrie régionale et un autre de la patrie locale ?

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Texte intégral

  • 1 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia illustrata, Colmar, 1761, p. 126.
  • 2 . August Schricker, « Aelteste Grenzen und Gaue im Elsass », Strassburger Studien, vol. 2, 1884, p. (...)

1C’est une expression commune : « passer le Landgraben » signifie se déplacer au nord ou au sud d’une ligne fictive, d’une frontière intérieure, entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin, entre les landgraviats de Haute-Alsace et de Basse-Alsace. Cependant, peu de personnes seraient capables de tracer sur une carte le dessin de ce fossé ni de donner des éléments sur son histoire. De même, connaît-on précisément le sens du mot landgraviat, dont la référence au Land est proche de celle du mot Landgraben ? Cette notion de Land est présente dans les textes notamment à partir du XVe siècle, relayant les termes de provincia, de Sundgau et de Nordgau – ce dernier terme disparaissant assez tôt, au début du XIIe siècle. D’ailleurs, l’étendue de ces deux Gauen est variable : le Sundgau d’aujourd’hui n’est pas celui de l’époque des étichonides. Autre élément : les possesseurs de la fonction landgraviale sont également propriétaires de châteaux ou de territoires en dehors de ce Gau : les comtes du Nordgau s’appuient sur Eguisheim (dans le Sundgau d’alors) et les Habsbourg, au XIIe siècle, s’appuient sur leur château éponyme situé en Argovie. Quant aux pagi énumérés par Schoepflin1 puis par Stricker2, ils n’ont pas survécu à l’établissement des seigneuries territoriales, pour autant que l’on puisse décrire ces ensembles mal documentés. Autre terme récurrent, ayant trait à une fonction : le Landvogt, représentant d’un seigneur ou d’une souveraineté sur un territoire donné. Là encore, le terme est à géométrie variable selon l’époque et le contexte institutionnel.

  • 3 . Voir les articles consacrés au Landgraben et au Landgraviat dans le Dictionnaire historique des i (...)

2Ces désignations font l’objet d’interrogations et d’exposés qui les présentent comme des éléments intrinsèques à l’histoire de l’Alsace3. Relevons d’abord que plusieurs termes allemands, présents dans les documents, sont construits à partir du mot Land. Essayons de voir si ce mot a un sens spécifique en explorant les notions liées à ses déclinaisons.

Le landgraviat

  • 4 . Sur la question du Landgericht : Benoît Jordan, « Le Landgericht de Haute-Alsace, autopsie d’une (...)

3La notion de landgraviat remonte au XIIe siècle. On n’a pas de certitude quant aux origines de cette institution4, qui apparaît pour l’Alsace en 1138 de manière assurée. Pour autant, le contenu des fonctions du titulaire, qui tient sa fonction en fief de l’Empire, est assez facile à circonscrire : c’est essentiellement et très visiblement une juridiction qui porte d’abord sur les hommes libres et qui entend gérer les affaires tant pénales que civiles qui touchent à cette catégorie sociale. Les églises, protégées par l’autorité publique, le sont également.

  • 5 . Philippe Nuss, Les Regestes pour l’histoire des Comtes de Habsbourg en Alsace avant 1273, Altkirc (...)
  • 6 . Pierre d’Ottmarsheim est un ministerialis des Habsbourg (Philippe Nuss, Les Regestes pour l’histo (...)

4Cette juridiction prend la forme d’assemblées – les plaids – qui se tiennent dans un lieu ouvert et public : une place, un champ, une route publique. Le terme de Landgericht désigne ces assemblées dont les décisions sont sacralisées par la présence de reliques sur lesquelles on peut, si besoin est, prêter serment. L’oralité domine, même si les parties prenantes – notamment les abbayes – ont soin de faire coucher par écrit les décisions et de faire sceller les documents par le landgrave et des témoins. À titre d’exemple, en 1207, lors d’un plaid provincial tenu près de Meyenheim in publica strata et présidé par le comte Rodolphe II de Habsbourg, l’homme libre Henri de Knoeringue, chevalier, donne un alleu à l’abbaye de Lucelle5. Sont présents divers personnages, dont Pierre (Petrus), chevalier d’Ottmarsheim, et Walter schultheiss d’Ottmarsheim. Très certainement, ces deux hommes font partie de la clientèle du landgrave, mais sont-ils nobles ou tout simplement libres6 ?

  • 7 . Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 798-807 et passim.

5Plus tard, on voit apparaître, dans l’orbite de ce Landgericht, un embryon de structure stable, avec un Landweibel, un sergent provincial, de même qu’un Landschreiber, un greffier provincial. Si leur activité respective n’est pas très claire, le Landweibel se trouve basé à Ottmarsheim7 : on peut y voir une fonction provinciale progressivement réduite à un lieu anciennement possédé par les Habsbourg. Ce serait un indice d’une intégration de la juridiction landgraviale (qui porte sur des hommes d’une certaine classe sociale) dans une conception territoriale du pouvoir (qui porte sur un espace sans distinction juridique des hommes qui y résident).

6En dehors de la justice (civile, gracieuse ou pénale), le landgrave est dépositaire de la puissance publique : il peut également exercer un rôle militaire, mais qui n’est pas documenté. Les liens féodaux ont sans doute très rapidement réduit ce rôle comme peau de chagrin.

Les landgraves de Basse-Alsace

  • 8 . Jean-Pierre Kintz (dir.), Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Strasbourg, Fédération d (...)

7En Basse-Alsace, le landgraviat appartient aux Hunebourg 8. Cette famille est sans doute issue des comtes de Blieskastel-Metz, dynastie considérable au moins égale en importance à celle des Habsbourg. Tenant le titre de landgrave jusqu’en 1175, elle possède également l’avouerie sur l’abbaye de Neuwiller, sorte de poste avancé des évêques de Metz en Basse-Alsace. En 1192, le titre de landgrave est détenu par Henri VI de Staufen, ce qui laisse entendre qu’il n’est pas vide de sens. Puis le souverain le confère vers 1196 aux comtes de Werde, une lignée puissante, mais dont la puissance s’érode peu à peu. Après 1332, ils vendent tous leurs biens aux comtes d’Oettingen avec lesquels ils sont en parenté. Ceux-ci revendent le tout en 1359 à l’évêque de Strasbourg. Nous disposons d’un ensemble de documents relatifs à la liquidation des propriétés des Werde via les Oettingen et l’acquisition du titre landgravial par les évêques de Strasbourg.

Documents publiés par Schoepflin

Documents conservés aux Archives

AD no1083

1358, 1er juillet.
Promesse de vente du château de Werde et autres biens par les comtes d’Oettingen à Jean, évêque de Strasbourg, pour 14 883 florins de Florence. La vente doit être conclue avant Pâques 1359.

G 97/1

1358, dimanche avant la Sainte-Marguerite. Les comtes d’Oettingen reprennent le château de Werde en fief de l’évêque.

AD no1085-1086

1359, 24 janvier. Les comtes d’Oettingen renoncent au fief tenu de l’archevêque de Mayence à Brumath et prient Gerlach, archevêque, de le conférer à Simon de Lichtenberg. l’empereur Charles IV confère en fief au comte Simon de Lichtenberg les droits du landgraviat transmis par les Oettingen.

AD no 1087

1359, 25 janvier. Les comtes d’Oettingen vendent à Jean, évêque de Strasbourg, pour 20 000 florins d’or les biens tenus en fief de l’évêché de Strasbourg ainsi que les sous fiefs, situés entre l’Eckenbach et la Zorn.

AD no1088

1359, 25 janvier. Les comtes d’Oettingen vendent à l’évêque de Strasbourg le château de Haut-Koenigsbourg et la ville de Saint-Hippolyte, pour 10 000 florins d’or.

AD no1089

1359, 25 janvier. Les comtes d’Oettingen transfèrent à l’évêque de Strasbourg le landgraviat et le landgericht, les hommes (vassaux) et Erstein.

G 98/1

1359, Conversion de saint Paul. Les comtes d’Oettingen vendent à l’évêché de Strasbourg le landgraviat, le landgericht, les hommes (vassaux) et Erstein.

G 97/3a

1359, mardi après la Conversion de saint Paul. Le chapitre cathédral fait savoir que les comtes d’Oettingen résignent en faveur de l’église de Strasbourg le landgraviat d’Alsace.

AD no1091

1359, 30 janvier. Les comtes d’Oettingen avertissent leurs vassaux qu’ils ont transmis les fiefs du landgraviat situés entre l’Eckenbach et la Zorn à l’évêché de Strasbourg.

G 97/2

1359, mercredi avant la Purification. Les comtes d’Oettingen précisent le contenu de l’acte daté du 25 janvier 1359, avec réécriture de certains passages.

AD no1092

1359, 6 avril. Quitus pour un versement de 5 700 florins

G 98/2

Id. AD no 1092.

AD no1093

1359, 10 novembre. L’évêque de Strasbourg porte le titre de landgrave.

AD no1094

1360, 30 janvier. Quitus pour un versement de 3 000 florins.

G 98/3

Id. AD no 1094.

  • 9 . Publication par Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, t. II, Mannheim, 1775, p. 225-230, n(...)

8Dans un premier acte, les comtes transmettent à l’évêque le château de Werde et les fiefs en dépendant. Puis par un second acte, ils s’engagent à lui céder le landgraviat et le Landgericht, les vassaux et les droits sur Erstein, l’évêque constatant qu’ils ne pourront les vendre qu’à lui. La vente enfin est parachevée par le versement en deux fois de la somme due (5 700 et 3 000 florins9).

  • 10 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, op. cit., t. II, no1090.

9Or, entre-temps, les deux comtes d’Oettingen ont conféré en fief à Simon de Lichtenberg les droits du landgraviat portant sur sa seigneurie (die graveschaft und das lantgerichte10). Autrement dit, les Oettingen ont disposé d’une partie des droits tenus en fief de l’Empire comme d’un bien propre, au profit d’une lignée dont la seigneurie échapperait désormais à cette juridiction alors qu’elle passe dans la main de l’évêque. Cela n’empêche pas la vente de se conclure le 25 janvier 1359.

10L’évêque de Strasbourg peut donc se réclamer du titre de landgrave par achat à partir de cette date, et au titre de fief de l’Empire au moins à partir de 1384, date d’une investiture donnée par le roi Wenceslas à l’évêque Frédéric de Lichtenberg, frère de Jean qui avait procédé à l’acquisition de 1359.

  • 11 . Louis Laguille, Histoire de la province d’Alsace, Strasbourg, 1727, p. 298-301. Hypothèse reprise (...)

11Louis Laguille, relatant la transmission du landgraviat (et son écornage) au XVIIIe siècle, lie le titre au château de Werde – mais cet auteur « territorialise » la fonction –, ce qui n’est pas attesté par ailleurs11. La vente du château de Werde ainsi que celle de la ville d’Erstein ont créé une confusion alors que le landgraviat est toujours à part.

  • 12 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, op. cit., t. II, no1251 (1405, 25 septembre).
  • 13 . Ibid., t. II, no1207.
  • 14 . Ibid., t. II, no1334 (1443).

12Ni Jean de Lichtenberg ni ses successeurs ne portent le titre de landgrave. Mais il faut voir que l’autorité impériale alors exercée par Charles IV dispose d’autres relais (les Landvögte impériaux) et s’appuie sur les villes impériales ; les actes publics, la conclusion de paix provinciales sont le fait de ces représentants de l’empereur, non du landgrave, et la présence d’un Landvogt au nom de l’Empire limite de fait l’importance du landgrave. La fonction, au milieu du XIVe siècle, donne l’impression d’être vide de tout sens. Tout au plus permet-elle à l’évêque de présider les états de Basse-Alsace. Mais c’est devant le Landgericht de Stuhlingen que les Strasbourgeois obtiennent une confirmation de leur immunité judiciaire face à des juridictions extérieures12. Toujours est-il que Frédéric de Blankenheim se fait reconnaître ce titre à titre de fief par une investiture concédée par le roi Wenceslas en 138413, mais ce n’est que son successeur Robert de Bavière qui l’intègre dans sa titulature de manière constante14. Le titre reste en vigueur jusqu’à la Révolution.

Les landgraves de Haute-Alsace

  • 15 . Ibid., t. II, no1186 (1376, 26 janvier). Wenceslas procède de même pour ceux de Thann (ibid., t.  (...)
  • 16 . Ibid., t. II, no1217 (1390, 11 septembre).
  • 17 . Conflit entre Mulhouse et Hermann d’Eptingen. Le duc d’Autriche est désigné comme „unsern landfür (...)

13En Haute-Alsace, la situation est tout autre. Le titre et la fonction appartiennent aux Habsbourg qui, bien que peu et mal possessionnés dans la région avant 1324, s’emploient à jouer un rôle politique important. Le fait de présider un tribunal provincial, d’exercer la justice sur les hommes libres, nobles ou non, de protéger les églises locales constitue évidemment un élément important de pouvoir. Cela expliquerait a contrario que l’empereur Charles IV cherche à diminuer cette autorité en dégageant les bourgeois de Mulhouse de la juridiction landgraviale15 et que l’évêque de Strasbourg, l’abbé de Murbach, les villes impériales et d’autres s’unissent en 1390 contre la juridiction landgraviale (détenue par les ducs d’Autriche16). Au XVe siècle, alors que la distinction entre libres et non-libres a cédé depuis longtemps la place à une autre division sociale, celle entre nobles et non-nobles, le landgrave de Haute-Alsace fait glisser son autorité vers une autre notion, celle de Landfürst. La stabilisation du Landgericht dans le chef-lieu habsbourgeois, Ensisheim, à partir de 1427, ainsi que la présence de notables dont le statut de non-libre ou de libre n’a plus d’importance, signifient un glissement, attesté en 144817, qui montre qu’on est passé d’une juridiction personnelle vers une autorité clairement territoriale.

Le Landgraben

14Deux landgraviats donc, qui sont séparés par un Landgraben dans l’imaginaire populaire.

  • 18 . Vue d’ensemble par Bernhard Metz, dans le Dictionnaire historique des institutions de l’Alsace, o (...)
  • 19 . August Schricker, « Aelteste Grenzen und Gaue im Elsass », Strassburger Studien, vol. 2, 1884, p. (...)
  • 20 . L’Urbar a été édité par Joseph Trouillat (Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, t.  (...)
  • 21 . Copies authentiques fournies au royaume de France en 1765 de documents transférés d’Innsbruck à V (...)
  • 22 . Où a été jugée Cunégonde de Hungerstein (Basler Chroniken, t. V, p. 193-194, et Marie-Bernard Ber (...)

15Le terme de Landgraben renvoie à plusieurs réalités géographiques, du nord au sud de l’Alsace18. August Schricker19 a mené une première enquête sur ce fossé qui mobilise volontiers l’attention, un fossé supposé marquer la frontière entre le nord et le sud, placé sur l’Eckenbach, un petit ruisseau au sud de la ville de Saint-Hippolyte. Beatus Rhenanus serait le premier à émettre cette idée d’une limite géographique à cet endroit. Selon l’érudit sélestadien, l’Eckenbach marquait la frontière entre les Rauraques et les Triboques. Dans l’Urbar des Habsbourg, dressé en 1303, le landgraviat de Haute-Alsace s’étend de la Birse jusqu’à l’Eckenbach20. Autre indice : le Landgericht s’est tenu à proximité immédiat de ce ruisseau, tel que le souvenir en était encore connu sous Maximilien Ier en 150421. On se trouve donc sur les confins nord du territoire du Landgrave de Haute-Alsace, comme l’était au sud le village de Leymen22.

  • 23 . Dossier aux Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 2164.
  • 24 . L’archéologue Jean-Jacques Wolff a pu, grâce à une prospection aérienne, préciser la trajectoire (...)

16D’autres dispositifs ont été réalisés dans le même secteur. Le dernier Landgraben qui nous est connu a été édifié en 1592-159323. Il ne s’agit pas d’une frontière, mais d’un ouvrage défensif, conçu à l’occasion de la guerre des évêques. Les puissances régionales craignant un débordement de la Basse-Alsace sur la Haute-Alsace, s’entendent pour établir une sorte de ligne Maginot avant l’heure, sur le modèle d’un vallum romain : un fossé doublé d’une levée de terre sur laquelle est implantée une palissade. Un fortin est construit au centre de cet ouvrage linéaire. Le site retenu a pour centre la chapelle Saint-Maximin, entre Bergheim et Guémar. De ce point partent deux lignes tracées sur la perspective des clochers des églises de ces deux localités24.

  • 25 . Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 2164-2213, passim.

17Pourquoi cet endroit précis, peu ou prou au milieu de l’Alsace et au sud de la ligne de l’Eckenbach ? Le rapport préliminaire en donne les raisons, indiquant que les collines sous-vosgiennes s’avancent dans la plaine avec le château du Reichenberg et, à l’est de Guémar, la plaine est marécageuse, ce qui rend difficile la pénétration d’une armée en campagne. Le dessein était beau, mais la réalité plus funeste : l’entretien de l’ouvrage fit défaut, et les troupes de Mansfeld puis celles des Suédois ne s’arrêtèrent pas à cette défense dérisoire25.

  • 26 . Monumenta Germaniae Historica, SS, XVIII, p. 237-238.

18Un plan conservé aux Archives d’Alsace, site de Strasbourg, montre ce Landgraben, qui double un ancien Landgraben, lui-même différent de l’Eckenbach. Aussi peut-on relativiser la frontière entre le nord et le sud, frontière qui se révèle plus une zone qu’une ligne géographique. Mais le Landgraben de 1592 montre une conscience commune d’appartenance à un espace commun, déjà exprimée dans la Description de l’Alsace donnée par un Dominicain de Colmar à la fin du XIIIe siècle26.

Un processus ?

  • 27 . Mais en même temps, ils entament une politique territoriale avec la mainmise sur les duchés autri (...)

19L’exemple helvétique n’a pas été suivi en Alsace. Dès 1291, les Suisses s’entendent dans une alliance qui débouche sur une lutte sans merci contre les Habsbourg, marquée en 1315 par la bataille de Morgarten, en 1386 par la bataille de Sempach et en 1415 la prise de Baden. En quelques générations, les ducs d’Autriche sont chassés de Suisse centrale, ne conservant que le Fricktal27. La menace suisse a été un levier important dans la constitution d’une principauté territoriale : la mobilisation de la chevalerie et des troupes pour la défense du pays en a été le ciment en Haute-Alsace habsbourgeoise. Pour obtenir ces moyens, les archiducs doivent réunir leurs sujets pour obtenir leur consentement à la levée d’impôts extraordinaires. Ce ne sont pas les campagnards qui donnent ces sommes, mais bien plus les villes qui se développent au XIVe siècle et créent la richesse dont peuvent profiter les ducs. Quant à la chevalerie, elle fournit les bras et les chevaux pour la guerre.

  • 28 . Georges Bischoff, Gouvernés et gouvernants en Haute-Alsace à l’époque autrichienne, Strasbourg, 1 (...)

20L’apparition des états dans les possessions habsbourgeoises est patente dès la mort de Catherine de Bourgogne, survenue en 142628. En 1427, le duc Frédéric IV s’adresse à des députés de corps constitués qui disposent d’un sceau : celui d’une société noble pour les chevaliers, celui du Landgericht pour le pays désigné sous le terme de Landschaft. La jonction entre l’institution ancienne et la réalité politique est alors en cours de réalisation en Haute-Alsace.

  • 29 . Georges Bischoff, « Les « états-Unis » d’Alsace. Quelques remarques sur la genèse d’un espace pol (...)

21Après les ligues, qui enjambent allègrement le Landgraben, apparaissent les états regroupant des représentants de toutes les puissances politiques de la région. Ces états d’Alsace29 pourraient passer pour une forme de parlement régional avant la lettre. Mais ces réunions sont aléatoires, souvent conjoncturelles, sans référence précise, et tardives. Leur objet est essentiellement d’organiser la défense commune – et les réunions qui aboutissent à la construction du Landgraben de 1592 procèdent de cette nécessité. L’évêque de Strasbourg, le Landvogt de Haguenau (donc le représentant de ce qui reste de l’autorité royale sur les villes impériales et les villages de la Landvogtei de Haguenau), voire le représentant des archiducs d’Autriche – et donc la Régence d’Ensisheim –, prennent l’initiative d’organiser les réunions. L’absence d’administration permanente de cette structure rappelle la situation du Landgericht de Haute-Alsace, qui n’a ni greffe, ni stabilité. La territorialisation des principautés et des puissances alsaciennes constitue sans doute le principal frein à l’élaboration d’une structure d’unité au niveau régional.

22Et, toujours, cette différence entre la Haute-Alsace où une dynastie domine – et utilise le titre de landgrave à son avantage –, et la Basse-Alsace qui n’en connaît pas – d’où une déperdition de la fonction. Même la Ville de Strasbourg ne joue pas de rôle hégémonique, encore moins le représentant impérial à Haguenau, dénommé Landvogt et dont le titre correspond à une autre définition.

Et les Landvögte ?

  • 30 . Léopold IV d’Autriche (1371-1411). Son épouse Catherine de Bourgogne meurt en janvier 1425.
  • 31 . Joseph Becker, Die Landvögte des Elsass und ihre Wirksamkeit von Heinrich VII. 1308 bis zur Verpf (...)

23Le terme de Landvogt se retrouve un peu partout. Il désigne avant tout un lieutenant d’un prince ou du souverain, chargé non seulement de le représenter, mais aussi de mener ses affaires. Paradoxalement, c’est en tant que Schultheiss de Haguenau et non de Landvogt que le célèbre Woelflin de Haguenau a assumé cette fonction avec brio (mais non sans danger pour sa personne), peut-être le premier connu à appliquer une politique d’ampleur au niveau de la région, tant en Haute-Alsace qu’en Basse-Alsace : les villes impériales constituent l’armature de cette politique. Au XVe et au XVIe siècles, les Ribeaupierre s’illustrent dans ce rôle, au nom des Habsbourg et de l’Empire. Maximin de Ribeaupierre aurait même profité de cette position pour épouser la veuve d’un duc d’Autriche, Catherine de Bourgogne30. Les Habsbourg étant éloignés de leurs possessions rhénanes, ces mises en place d’hommes sûrs, issus de l’aristocratie régionale, étaient nécessaires. Les souverains font de même avec le bailliage impérial de Haguenau et son annexe de Kaysersberg, résidu territorial des domaines royaux transformé en gage ou en fief selon les besoins du souverain31.

24La particularité de cet office est la souplesse avec laquelle est défini le territoire sur lequel s’exerce la fonction : Alsace, Sundgau, Ortenau ou Brisgau à l’occasion… chaque titulaire a pratiquement son propre champ d’exercice. Mais c’est bien le territoire qui prime, le titulaire étant révocable ad nutum. La Landvogtei est un office qui donne à son titulaire un pouvoir réel, le temps de sa fonction et selon la qualité du délégataire (empereur, ou Habsbourg), sans confusion de ces qualités même quand les Habsbourg coiffent la couronne. Or, le landgraviat est un fief héréditaire au contenu imprécis (et en Basse-Alsace vidé de son contenu).

Au XVIIe siècle

  • 32 . Chancelier d’Autriche antérieure et négociateur pour les archiducs au congrès de Westphalie. Né e (...)
  • 33 . Haus-, Hof- und Staatsarchiv Wien, Hs blau 142.

25À l’époque moderne, la notion de landgraviat évolue encore alors que le landvogt disparaît. Pour les juristes de Léopold V, administrateur de l’évêché de Strasbourg, gouverneur de Haute-Alsace, administrateur de Murbach et Lure, protecteur des Villes impériales, l’hégémonie politique personnelle du prince peut s’appuyer sur une définition du landgraviat. Isaac Volmar32 rédige un rapport dénommé Informatio33, qui énumère tous les droits des archiducs en Alsace, et le landgraviat y est mentionné en bonne place. On y voit qu’à ce moment, le landgraviat est conçu essentiellement comme un territoire – les nécessités politiques l’emportant sur la réalité historique, car Volmar tord allègrement le bras à l’histoire, affirmant sans discussion que le landgraviat de Haute-Alsace est un territoire allant de l’Eckenbach à la Birse et de la crête des Vosges au Rhin ; toutes les institutions ecclésiastiques et toutes les seigneuries s’y trouvant sont soumises à l’autorité des archiducs, titulaires du landgraviat. De plus, assure Volmar, l’Empire a augmenté le landgraviat des droits sur les villes impériales. Nous sommes en 1637, et il s’agit d’affirmer la place des Habsbourg qui ont été défaits militairement dans la vallée du Rhin.

26En revanche, si cette titulature est reprise par les juristes français, ceux-ci ont bien du mal à la cerner, tant elle est éloignée des concepts de la monarchie des Bourbon. La politique de réunions menée par Louis XIV montre d’ailleurs que la puissance du roi n’a pas besoin de s’embarrasser de tels arguments.

27Le landgraviat disparaît donc, devenant un objet d’étude pour les historiens, Louis Laguille étant l’un des premiers à tenter de démêler l’écheveau.

Schoepflin et les landgraviats

28Lorsque Schoepflin fait paraître son Alsatia Illustrata, voilà plusieurs décennies que la notion de landgraviat a politiquement disparu. Désormais, l’intendant et le gouverneur militaire ainsi que le Conseil souverain d’Alsace relaient la volonté du roi et exercent en son nom la justice. La dernière utilisation politique de la notion remonte aux traités de Munster en Westphalie, mais sans que l’on prît la peine de définir le contenu du terme – ce qui donna lieu à des exposés plus ou moins précis par les juristes français du XVIIe siècle.

29Pour Schoepflin, le terme landgraviat correspond à celui de comté. Mais le savant distingue la donnée géographique et la charge ou fonction, cherchant à réfuter toute assertion niant une réalité territoriale au landgraviat. Ce faisant, il se place au service de la Couronne de France qui ne voit pas dans le landgraviat une juridiction, mais bien un territoire.

30Les cartes plus ou moins sommaires qui paraissent au XVIIIe siècle montrent volontiers l’étendue de ces landgraviats. Mais ces représentations échappent à la nécessité de les définir d’un point de vue juridique. À défaut d’une autre définition, c’est bien celle-ci qui figure dans le traité de 1648 qui permet de désigner l’Alsace qui est, à cette date, une peau de panthère politique et institutionnelle. Au contraire de la Lorraine ou de la Franche-Comté, l’Alsace n’a pas connu de dynastie ducale ou comtale. Le Landgraviat, du point de vue français, en tient lieu.

  • 34 . Voir Christian Wilsdorf, « Politique et héraldique : la création des armoiries de Haute-Alsace au (...)

31C’est aussi Schoepflin qui tente d’expliquer les armoiries de l’un et l’autre landgraviats : une bande d’argent accompagnée de deux cotices fleuronnées du même sur champ de gueules pour la Basse-Alsace, une bande accostée de six couronnes d’or sur champ de gueules pour la Haute-Alsace. Mais dans le premier cas, il s’agit des armoiries des Werde, et non celles du landgraviat (qui n’en a jamais eu) et, dans le second cas, il s’agit d’une composition tardive34, le sceau du Landgericht portant, à l’origine, les armes des ducs d’Autriche (une fasce d’argent sur champ de gueules). Il faut dire que l’héraldique alsacienne s’est déjà figée à l’époque de Schoepflin. Mathieu Merian, dans sa Topographia Alsatiae (datée de 1644), propose une association des deux armoiries, premier avatar de combinaisons qui montrent surtout qu’il n’y a pas d’armoiries historiques de l’Alsace unie, sauf à prendre en compte les combinaisons contemporaines.

Des traits d’union ?

32Y a-t-il des traits d’union entre les deux landgraviats ? Les ligues plus ou moins éphémères ne manquent pas à partir du XIVe siècle : elles sont souvent de circonstance, décidées pour lutter contre un ennemi intérieur (les chevaliers brigands, avec les villes en pointe) ou contre un ennemi extérieur (le duc de Bourgogne). Les rois et empereurs savent aussi mobiliser les composantes politiques de la région rhénane, dont la Décapole, qui constitue un accident exceptionnel par sa longévité.

  • 35 . Otto Stolz, « Die Landsrettungen im Oberelsaß und Breisgau im 16. Jahrhundert », Elsaß-lothringis (...)

33Les « états-Unis d’Alsace », pour reprendre le trait d’esprit de Georges Bischoff, sont à géométrie variable. Ils se caractérisent par un sentiment d’appartenance à une entité géographique (das Land Elsaz), mais souffrent de l’absence d’une entité politique régionale. Bien au contraire, l’individualisme l’emporte, sauf en cas de danger qui nécessite de s’entendre pour assurer la défense commune35. Les guerres du XVIe et du XVIIe siècle ont été fondateurs de ce point de vue.

34Au final, on voit que l’on passe d’un faisceau de droits sur les hommes (Landgraviat) à une autorité exercée sur les habitants d’un territoire (Land), d’une réunion des hommes libres (Landgericht) à une administration (Régence d’Ensisheim). Mais ce schéma valable en Haute-Alsace ne l’est pas en Basse-Alsace qui n’a pas, répétons-le, de dynastie pouvant exercer une hégémonie. Quant au Landgraben, s’il marque une limite approximative pour le landgraviat de Haute-Alsace, il n’a guère joué de rôle, ni militaire, ni institutionnel. L’Alsace, pays de petites seigneuries et de villes moyennes, n’a pas connu l’émergence d’une dynastie régionale. Son unité n’a donc pas pu se réaliser avant l’installation d’un pouvoir fort.

  • 36 . L’Obermundat fait partie de la seigneurie épiscopale de Strasbourg, mais du diocèse de Bâle, avec (...)
  • 37 . Monumenta Germaniae Historica, SS, XVII, p. 237.

35S’il fallait trouver une véritable frontière entre la Basse et la Haute-Alsace, ce serait celle des deux diocèses, fixée depuis le Xe siècle au moins – et encore, celui de Strasbourg dispose d’une enclave en Haute-Alsace, outre la propriété de l’Obermundat36. Mais l’histoire est aussi malicieuse : la région de Moutier-Grandval appartient au duché d’Alsace au VIIIe siècle, alors qu’Ermold le Noir, puis le Dominicain de Colmar ont conscience d’un espace commun entre Vosges et Rhin. Le Dominicain de Colmar, qui décrit l’Alsace à la fin du XIIIe siècle, lui donne pour espace le territoire entre les villes de Bâle et Strasbourg37 – pas même la forêt de Haguenau et encore moins les lignes du Selzbach ou de la Queich. Si les habitants du sud ou du nord, de Haute ou de Basse‑Alsace se proclament volontiers « Alsaciens », il faut bien reconnaître que cette Alsace était d’abord idéalisée avant que le gouvernement de Louis XIV en fasse une réalité territoriale.

36Car la géographie interne à l’Alsace n’est pas et n’a jamais été stable jusqu’à l’époque française. Notre vision cartographique, qui remonte au XVIIe siècle et qui sous-entend qu’un même espace est soumis nécessairement à une seule autorité, l’emporte alors sur la vision du Moyen Âge, qui veut que les droits sont des réalités s’exerçant autant sur les personnes que sur les territoires. Aussi une filiation entre le Land des landgraviats, la province d’Alsace puis le Reichsland de 1871 (avec la Moselle de surcroît) ne serait qu’une vision de l’esprit, pas une réalité historique. Et pourtant, c’est le même territoire… Ce paradoxe n’est pas le seul que connaissent les Alsaciens !

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Notes

1 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia illustrata, Colmar, 1761, p. 126.

2 . August Schricker, « Aelteste Grenzen und Gaue im Elsass », Strassburger Studien, vol. 2, 1884, p. 305-402, 4 cartes hors-texte.

3 . Voir les articles consacrés au Landgraben et au Landgraviat dans le Dictionnaire historique des institutions de l’Alsace, Strasbourg, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, no12, 2020.

4 . Sur la question du Landgericht : Benoît Jordan, « Le Landgericht de Haute-Alsace, autopsie d’une institution », Revue d’Alsace, Mélanges offerts à Christian Wilsdorf, no128, 2002, p. 219-245.

5 . Philippe Nuss, Les Regestes pour l’histoire des Comtes de Habsbourg en Alsace avant 1273, Altkirch, Société d’histoire du Sundgau, 2005, p. 156-157, no101.

6 . Pierre d’Ottmarsheim est un ministerialis des Habsbourg (Philippe Nuss, Les Regestes pour l’histoire des Comtes de Habsbourg en Alsace avant 1273, op. cit., p. 167, no114). Merci à Bernhard Metz pour cette précision.

7 . Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 798-807 et passim.

8 . Jean-Pierre Kintz (dir.), Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne, Strasbourg, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, no18, 1991, p. 1717 sqq., notice par Bernhard Metz.

9 . Publication par Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, t. II, Mannheim, 1775, p. 225-230, no1083-1100 passim. Originaux aux Archives d’Alsace, site de Strasbourg : G 97‑98.

10 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, op. cit., t. II, no1090.

11 . Louis Laguille, Histoire de la province d’Alsace, Strasbourg, 1727, p. 298-301. Hypothèse reprise par François J. Himly (Atlas des villes médiévales d’Alsace, Strasbourg, Fédération des sociétés d’histoire et d’archéologie d’Alsace, 1970, p. 68), ce qui n’est pas prouvé selon Bernhard Metz.

12 . Jean-Daniel Schoepflin, Alsatia Diplomatica, op. cit., t. II, no1251 (1405, 25 septembre).

13 . Ibid., t. II, no1207.

14 . Ibid., t. II, no1334 (1443).

15 . Ibid., t. II, no1186 (1376, 26 janvier). Wenceslas procède de même pour ceux de Thann (ibid., t. II, no 1197, 1379, 1er novembre) et ceux de Colmar (ibid., t. II, no1204).

16 . Ibid., t. II, no1217 (1390, 11 septembre).

17 . Conflit entre Mulhouse et Hermann d’Eptingen. Le duc d’Autriche est désigné comme „unsern landfürsten, in des land und landgrofschafft ir und ich bede sit gesessen… sint (Xavier Mossmann, Cartulaire de Mulhouse, t. II, Strasbourg, 1884, p. 235, no726).

18 . Vue d’ensemble par Bernhard Metz, dans le Dictionnaire historique des institutions de l’Alsace, op. cit., no12, 2020, p. 1307-1308.

19 . August Schricker, « Aelteste Grenzen und Gaue im Elsass », Strassburger Studien, vol. 2, 1884, p. 305-402, 4 cartes hors-texte.

20 . L’Urbar a été édité par Joseph Trouillat (Monuments de l’histoire de l’ancien évêché de Bâle, t. III, Porrentruy, 1858), puis par R. Maag et étudié par Aloys Schulte (Geschichte der Habsburger in den ersten drei Jahrhunderten, Innsbruck, 1887). Il a fait l’objet d’une présentation cartographique par l’Atlas historique de l’Alsace : Odile Kammerer et Valérie Peter, « Le terrier habsbourgeois de 1303 », in Atlas historique de l’Alsace, www.atlas.historique.alsace.uha.fr, université de Haute‑Alsace, 2006.

21 . Copies authentiques fournies au royaume de France en 1765 de documents transférés d’Innsbruck à Vienne en 1751, relatifs au Landgericht (Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 8645).

22 . Où a été jugée Cunégonde de Hungerstein (Basler Chroniken, t. V, p. 193-194, et Marie-Bernard Bernhard, Recherches sur l’histoire de la ville de Ribeauvillé, Autremencourt, Le livre d’histoire, 2010, p. 226).

23 . Dossier aux Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 2164.

24 . L’archéologue Jean-Jacques Wolff a pu, grâce à une prospection aérienne, préciser la trajectoire de ce fossé défensif centré sur la chapelle Saint-Maximin, selon une double visée sur les clochers de Guémar et de Bergheim.

25 . Archives d’Alsace, site de Colmar, 1 C 2164-2213, passim.

26 . Monumenta Germaniae Historica, SS, XVIII, p. 237-238.

27 . Mais en même temps, ils entament une politique territoriale avec la mainmise sur les duchés autrichiens, celle du comté de Ferrette (1324), puis du Tyrol (1363) et du Brisgau (Fribourg en 1368).

28 . Georges Bischoff, Gouvernés et gouvernants en Haute-Alsace à l’époque autrichienne, Strasbourg, 1982, p. 24.

29 . Georges Bischoff, « Les « états-Unis » d’Alsace. Quelques remarques sur la genèse d’un espace politique et sur les pratiques de coopération de ses composantes, (XIVe-XVIIe siècles) », in Laurence Buchholzer et Olivier Richard (dir.), Ligues urbaines et espace à la fin du Moyen Âge, Strasbourg, PUS, 2012, p. 121-142.

30 . Léopold IV d’Autriche (1371-1411). Son épouse Catherine de Bourgogne meurt en janvier 1425.

31 . Joseph Becker, Die Landvögte des Elsass und ihre Wirksamkeit von Heinrich VII. 1308 bis zur Verpfändung der Reichslandsvogtei an die Kurfürsten der Rheinpfalz 1408, Strasbourg, 1894. Du même, Geschichte der Reichslandvogtei im Elsass: von ihrer Einrichtung bis zu ihrem Übergang an Frankreich (1273-1648), Strasbourg, 1905.

32 . Chancelier d’Autriche antérieure et négociateur pour les archiducs au congrès de Westphalie. Né en Wurtemberg en 1582, mort à Ratisbonne en 1662.

33 . Haus-, Hof- und Staatsarchiv Wien, Hs blau 142.

34 . Voir Christian Wilsdorf, « Politique et héraldique : la création des armoiries de Haute-Alsace au début du XVe siècle », in Les Pays de l’Entre-Deux au Moyen Âge, Actes du 113e congrès national des sociétés savantes, section d’histoire médiévale et de philologie, Paris, 1990, p. 139-153.

35 . Otto Stolz, « Die Landsrettungen im Oberelsaß und Breisgau im 16. Jahrhundert », Elsaß-lothringisches Jahrbuch, t. 20, 1942, p. 181-199.

36 . L’Obermundat fait partie de la seigneurie épiscopale de Strasbourg, mais du diocèse de Bâle, avec deux enclaves au spirituel : Lautenbach et le monastère de Saint-Marc.

37 . Monumenta Germaniae Historica, SS, XVII, p. 237.

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Pour citer cet article

Référence papier

Benoît Jordan, « Un Landgraben et deux landgraviats : l’Alsace en elle-même »Revue d’Alsace, 149 | 2023, 29-45.

Référence électronique

Benoît Jordan, « Un Landgraben et deux landgraviats : l’Alsace en elle-même »Revue d’Alsace [En ligne], 149 | 2023, mis en ligne le 01 mars 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/alsace/5544 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/11pjn

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Auteur

Benoît Jordan

Ancien élève de l’École nationale des chartes, directeur des Archives de Strasbourg, docteur en histoire et président de la Société savante d’Alsace

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