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2021
38 – Isère

Champ-sur-Drac – Saint-Michel-de-Connexe

Prospection thématique (2021)
Responsable d’opération : Pierre Martin

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Année de l'opération :

2021

Numéro d’opération :

2214224

Nature de l'opération :

prospection thématique
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Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Inrap

Martin P. 2024 : Prospection thématique. Auvergne-Rhône-Alpes, Isère, Champ-sur-Drac, Saint-Michel-de-Connexe. Rapport et synthèse 2018-2021, 2 vol.

Texte intégral

1Situé à 618 m NGF sur un replat du Beauplat, montagne surplombant le confluent du Drac et de la Romanche, le site de Saint-Michel de Connexe correspond à une installation monastique de moyenne altitude. Tels Saint-Laurent de Grenoble en 1012 puis Saint-Jean-Baptiste de Vif en 1035, l’établissement fut donné à la fin du xie s. à l’abbaye de Saint-Chaffre en Velay par un seigneur désireux d’y élire sépulture, Lantelme. Il en resta dépendant jusqu’à la Révolution française. Laissé à l’abandon depuis la fin du xviie s., puis sporadiquement occupé par une activité pastorale durant le xixe s., il ne reste plus aujourd’hui de l’ancien prieuré qu’une partie du front antérieur du transept de l’église. On devine encore les arases des maçonneries de bâtiments qui la bordaient et quelques portions subsistent d’un mur servant au soutènement de la terrasse sur laquelle le petit complexe s’est développé. Sans protection physique ou juridique, le site, totalement ouvert, a dû être l’objet de divers pillages et récupérations ponctuelles qui n’ont guère ému : le caractère romantique des ruines comme l’accès mal aisé aux vestiges n’ont sans doute pas été étrangers à une telle indifférence.

2Malgré une reconnaissance archéologique vers le milieu des années 1960 ayant fourni la matière à un article synthétique à la fin de cette même décennie, le récolement des sources n’avait jamais été réalisé alors qu’un important fonds iconographique renseigne sur l’évolution de l’effondrement des constructions. En outre, aucune étude des élévations s’amenuisant au fil des années n’avait été entreprise. Pourtant, archives comme caractères architecturaux ont souvent fait l’objet de mentions pour un secteur où l’émulation autour du patrimoine médiéval demeure très faible. Toutefois, la constitution d’une association de sauvegarde appuyée par les collectivités locales a vu le jour en 2006 : après une première stabilisation des ruines en 2000, cette initiative a contribué à mettre en place un projet de mise en valeur du site par l’aménagement d’un parcours périphérique visant à protéger les vestiges et à restaurer les maçonneries. La perspective d’une telle entreprise financée par le Conseil départemental de l’Isère a permis à l’université Grenoble Alpes de saisir l’opportunité de l’intervention patrimoniale tout en prêtant son concours scientifique. Ainsi a été mise en place, depuis 2018, une prospection thématique autorisée par le SRA Auvergne-Rhône-Alpes afin d’initier une étude documentaire en amont d’une analyse de bâti, facilitée par une couverture photogrammétrique préalable, puis le montage d’échafaudages autour des maçonneries. Inscrit dans l’axe 8 « Édifices de culte chrétien depuis la fin de l’Antiquité » de la programmation nationale archéologique, le projet scientifique visait la connaissance de l’architecture de style roman des environs de Grenoble dans une perspective renouvelée afin d’inclure une réflexion sur la présence d’une crypte, l’analyse des techniques de construction et le développement des réseaux monastiques.

3Retardée par la crise sanitaire, l’opération de terrain a été réalisée au printemps 2021 en co-activité avec le chantier de restauration. Celle-ci a permis de compléter le plan du prieuré, de mener une étude des élévations, tout en renforçant les liens entre l’Association, les collectivités locales et l’université. En quelques années, cette démarche a favorisé, en parallèle, la poursuite de la recherche archivistique, la réunion de mobilier provenant du site et une initiation à l’archéologie proposée à des étudiants de Grenoble. L’ensemble de cette démarche, sur un objet s’inscrivant dans un contexte de fondation relativement fréquent au premier abord, a révélé la nécessité de reprendre des approches monographiques passant par un recours à l’archéologie : si le prieuré et son église étaient assez modestes, leur étude permet, en effet, d’entrevoir une évolution complexe de l’occupation et le soin apporté au parti architectural d’un petit lieu de culte isolé en moyenne montagne.

4Le rapport remis au SRA en mai 2024 fait état de l’effort scientifique fourni durant les trois années de prospection thématique sur le site de Saint-Michel de Connexe : sont ici réintégrées les études accomplies en 2018, puis 2019, auxquelles s’ajoutent les résultats de l’analyse archéologique de 2021, l’inventaire du mobilier issu de l’ancien prieuré, ainsi qu’une synthèse de l’ensemble de la documentation et des archives collectées et produites.

5L’enquête permet de se faire une image plus globale du contexte de développement du prieuré depuis le Moyen Âge central : en l’état actuel, c’est-à-dire en l’absence de nouvelle fouille, six états peuvent être distingués. Ainsi, semble-t-il que le site n’était pas occupé antérieurement à l’installation d’un premier lieu de culte, perceptible par les vestiges de la crypte. S’il demeure impossible de certifier que cette première construction, dans le courant du xie s., appartenait à un projet totalement abouti (état 1), l’église supérieure, dont subsistent les ruines, particulièrement bien documentées par un riche fonds iconographique dispersé, pourrait correspondre à la présence de moines chaffriens après la fondation, peu avant 1100, de Lantelme (état 2). Le prieuré resta en fonction jusqu’au début de l’époque moderne, comme en témoignent les visites pastorales successives (état 3). Toutefois, les mêmes sources révèlent l’abandon assez précoce des lieux par les religieux (état 4), qui, dès la seconde moitié du xviie s., préféraient résider à Champ. Malgré une tentative de restauration qui semble, vers 1700, n’être restée qu’une déclaration épiscopale, l’église et les bâtiments continuèrent à tomber progressivement en ruine. Durant le xixe s., le site, désormais divisé entre plusieurs propriétaires privés, est investi par une activité pastorale (état 5) et, sans doute, une occupation au moins ponctuelle des lieux jusqu’avant la Première Guerre mondiale. Malgré leur caractère pittoresque pour les premiers photographes, les imposants vestiges de l’église s’effondrèrent dans une relative indifférence durant le xxe s. (état 6).

Fig. 1 – Plan du site avec indication des ensembles

Fig. 1 – Plan du site avec indication des ensembles

Échelle : 1/200e.

Topographie : Sintegra ; relevés et DAO : P. Lassiaz, P. Martin, I. Previtali.

6Au-delà de cette première étape de progression sur le dossier, le bilan met en lumière la carence d’études sur le patrimoine religieux médiéval local : certes, les différents cantons ont fait l’objet d’inventaires déjà développés dans des publications régulières, mais la timidité de l’appui universitaire, comme l’absence de réintégration des synthèses dans des réflexions plus globales, ont entraîné une forme de statu quo, où une majorité d’édifices est attribuée à un xiie s. mal périodisé. Mentionnant pour la première fois nombre d’églises, la précieuse source constituée par les cartulaires dits de saint Hugues, évêque de Grenoble entre 1080 et 1132, n’est certainement pas sans conséquence sur les datations tardives proposées. À la différence d’autres régions françaises ou européennes, l’érudition locale n’a guère œuvré concrètement pour un développement et un renouvellement scientifiques : là encore, le contexte local d’un secteur mobilisé assez tôt dans la production cimentière et, partant, la rénovation ou la reconstruction pure et simple de nouveaux sanctuaires en dehors des itinéraires des premières commissions patrimoniales, ont sans aucun doute bridé l’intérêt pour les constructions médiévales.

7Si, au terme de cette prospection thématique, on peut considérer que la connaissance a largement progressé, la poursuite de l’étude des vestiges de Saint-Michel de Connexe permettrait néanmoins de pallier, pour une modeste part, le problème. Bien que retiré et peu aisé d’accès, le site, désormais dans le domaine public, s’avère opportun pour développer des recherches archéologiques alliant divers aspects : l’histoire du lieu de culte médiéval et son évolution dans un rapport étroit entre l’occupation religieuse et les aménagements architecturaux. L’état de ruine des vestiges de l’ancien prieuré offre un avantage certain : celui de pouvoir ouvrir facilement le sol, voire tirer parti de l’état du site, tout en créant un pont étroit entre le complément d’analyse des élévations et la stratigraphie.

8En 2021, l’ensemble des vestiges de l’ancien prieuré Saint-Michel de Connexe a été mis en valeur. Les arases des murs ont été nettoyées et stabilisées au mortier, pour l’église, comme pour les bâtiments avoisinants. Les parements de ces constructions, comme du mur de soutènement, ont également été restaurés : principalement rejointoyés, ils ont parfois été l’objet de reprises ponctuelles avec des matériaux de récupération afin de remplacer les étaiements en bois mis en place en 2000. Encore accessible, l’ancien couloir ouest desservant la crypte effondrée a été fermé par une grille, mais son pendant à l’est, déjà fortement remblayé, a été condamné pour d’évidentes raisons de sécurité sur le domaine public. En revanche, l’effondrement du terrain situé immédiatement au nord, c’est-à-dire en bordure de l’ancien chevet disparu, a simplement été sécurisé par la pose d’une clôture en contrehaut afin d’aménager un parcours de visite périphérique.

Fig. 2 – Vue générale des vestiges

Fig. 2 – Vue générale des vestiges

Depuis le nord-ouest.

Cliché : P. Martin (Inrap).

Fig. 3 – Vue générale des vestiges

Fig. 3 – Vue générale des vestiges

Vers le nord.

Cliché : P. Martin (Inrap).

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Bibliographie

Martin P. 2019 : Prospection thématique. Auvergne-Rhône-Alpes, Isère, Champ-sur-Drac, Saint-Michel-de-Connexe. Rapport 2018.

Martin P. 2020 : Prospection thématique. Auvergne-Rhône-Alpes, Isère, Champ-sur-Drac, Saint-Michel-de-Connexe. Rapport 2019.

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Table des illustrations

Titre Fig. 1 – Plan du site avec indication des ensembles
Légende Échelle : 1/200e.
Crédits Topographie : Sintegra ; relevés et DAO : P. Lassiaz, P. Martin, I. Previtali.
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/adlfi/docannexe/image/157465/img-1.jpg
Fichier image/jpeg, 1,1M
Titre Fig. 2 – Vue générale des vestiges
Légende Depuis le nord-ouest.
Crédits Cliché : P. Martin (Inrap).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/adlfi/docannexe/image/157465/img-2.jpg
Fichier image/jpeg, 774k
Titre Fig. 3 – Vue générale des vestiges
Légende Vers le nord.
Crédits Cliché : P. Martin (Inrap).
URL http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/adlfi/docannexe/image/157465/img-3.jpg
Fichier image/jpeg, 712k
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Pour citer cet article

Référence électronique

Pierre Martin, « Champ-sur-Drac – Saint-Michel-de-Connexe » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Auvergne-Rhône-Alpes, mis en ligne le 24 mai 2024, consulté le 13 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/adlfi/157465

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Pierre Martin

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