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1998
45 – Loiret

Orléans – Îlot de la Charpenterie (partie nord)

Fouille préventive (1998)
Responsable d’opération : Thierry Massat

Notes de la rédaction

Organisme porteur de l’opération : Afan

Texte intégral

1Le site de la Charpenterie à Orléans prend place dans le cœur historique de la ville, au pied du coteau, à peu de distance de la berge primitive de la Loire. La fouille archéologique et l’étude qui s’ensuivit se sont déroulées de juillet 1997 à mars 1999.

Les origines

2Le site de la Charpenterie prend place au pied du coteau, à peu de distance de la berge primitive de la Loire. Antérieurement à toute trace d’anthropisation (période 1), il présente un faciès peu engageant : présence d’anomalies karstiques, forte déclivité du substrat et couverture de ce dernier par un sol à pseudogley peu propice à la culture. En revanche, la proximité de la Loire, qui paraît être un atout majeur, va prendre le pas sur les contraintes topographiques.

3Le site apparaît comme un âge de passage apprécié depuis le Paléolithique (période 2). C’est dans le cadre de cette fréquentation que s’inscrit l’aménagement d’un petit foyer de type « four polynésien » à la fin de l’âge du Bronze ou au début de l’âge du Fer. Cette fréquentation sans solution de continuité de ce secteur de la vallée trouve très vraisemblablement son origine dans la proximité d’un gué dont la localisation précise reste à identifier. Elle est également due à la position privilégiée du site d’Orléans qui, rappelons-le, culmine au sommet de l’arc ligérien et peut être considéré comme un point de rupture de charge dès l’âge du Bronze.

4La première occupation sédentaire prend place sur le site aux environs des années 170 à 150 av. J.-C. (période 3,1). Celle-ci est représentée par des fosses à déchets, des silos et des terrains labourés ou bêchés. Des épandages de déchets domestiques sont déversés sur ces derniers, pour pallier la mauvaise qualité des sols. Tous ces éléments caractérisent une activité rurale qui se répartit exclusivement le long de la Loire, au sud, et le long du thalweg situé à l’emplacement de la rue de la Poterne, à l’est du site.

5Très rapidement, entre 150 et 120 av. J.-C., l’occupation se densifie (période 3,2). La vocation agro-pastorale du secteur est maintenue. Les trois premiers bâtiments observés sur le site datent de cette période. Ces premières constructions vont de pair avec la mise en place d’un parcellaire laniéré, limité par des palissades.

6Les années 130 ou 120 av. J.-C. (période 3,3) voient plusieurs unités d’habitation se regrouper. En outre, cette période est caractérisée par une importante activité métallurgique du fer correspondant à de la forge. Il est possible qu’à la même époque apparaissent les premières traces de travail du bronze définissant ainsi une aire de travail à vocation polymétallurgique. Le caractère agro-pastoral de ce secteur reste malgré tout prédominant. Silos, épandages, traces de labour ou de bêchage sont encore présents.

7Cependant, les espaces non bâtis s’intègrent dans un tissu parcellaire très dense qui ne correspond plus à un espace cultivable ouvert. L’ensemble correspond plutôt à des habitations bordées de cours et de jardins.

8Un changement radical du mode d’occupation du site s’opère dans les premières décennies du ier s. av. J.-C. (période 3,4). Les structures à vocation agricole telles que les silos disparaissent. Le bâti sur poteaux est remplacé par un bâti sur sablières basses. L’activité métallurgique du fer est abandonnée alors que l’activité métallurgique du bronze se pérennise. Les vestiges mobiliers de cette activité (fours, creusets, flancs, monnaies) indiquent qu’il s’agit d’un atelier monétaire.

9La lente densification et organisation d’un habitat à caractère rural cernée lors des périodes précédentes aboutit à l’émergence d’un habitat aggloméré. L’économie de subsistance de type agro-pastorale qui prévalait durant le iie s. av. J.-C. semble céder le pas à une économie manufacturière. Parallèlement, une rupture dans l’approvisionnement céramique du site est perceptible. Le mobilier issu des trois premières périodes d’occupation gauloise trahissait des influences gallo-belges marquées et de fortes similitudes avec les mobiliers contemporains issus d’autres sites carnutes. À partir de la période 3,4, les potiers semblent s’être inspirés, pour partie, de productions éduennes, voire ségusiaves. Ce phénomène témoigne de l’intensification des échanges suivant l’axe ligérien. Ce constat associé au changement radical de mode d’occupation du site est vraisemblablement à mettre en parallèle avec la naissance, ou du moins l’essor, de l’emporium carnute que mentionnera ultérieurement Strabon.

10Un peu après le milieu du ier s. av. J.-C. l’occupation s’intensifie, confirmant la mise en place du parcellaire de la période précédente. Les murs des cinq (ou six) nouveaux bâtiments sont constitués de solins de pierres supportant des sablières basses. La première trace d’occupation perceptible dans la partie nord du site date de cette époque. Au sud, la pente douce vers la berge est empierrée. L’atelier monétaire de la période précédente perdure.

L’époque romaine

11Vers 20 av. J.-C., l’organisation du quartier est entièrement modifiée (période 4). Un mur parcellaire axé est-ouest, qui dans une partie de son tracé a vocation à soutenir une terrasse, scinde le site en deux. Au nord, l’absence totale de vestiges résulte certainement d’une conservation différentielle des niveaux archéologiques. Au sud, l’espace est entièrement occupé par des édifices dont l’homogénéité des modules et des techniques de construction est très marquée.

12Cette totale restructuration du quartier participe beaucoup plus volontiers d’une volonté édilitaire que d’une action privée. L’expansion et la rationalisation de l’organisation du bâti sont probablement à mettre en relation avec l’installation des premiers quais observée à l’est du site, dans le quartier Dessaux. L’identification de la fonction des édifices présents sur le site de la Charpenterie est délicate. Les données matérielles permettent de s’interroger sur la fonction de ces édifices. Une utilisation en relation avec le fleuve peut être recherchée.

13À une date difficile à préciser, autour du changement d’ère, le quartier est entièrement détruit par un incendie. La relative synchronie de ce dernier avec la récupération complète du mur parcellaire est la marque d’une réorganisation complète de l’espace.

14Les rares bâtiments reconstruits dans les premières décennies qui suivent cet incendie correspondent à des structures annexes (puits, caves, fosses à déchets, etc.) qui trahissent l’image de fonds de parcelles (période 5). Les puits absents lors des périodes précédentes apparaissent de plus en plus nombreux. Il pourrait s’agir là d’une preuve d’un éloignement progressif de la Loire. Ces observations mises en parallèle avec les résultats des fouilles du quartier Dessaux incitent à penser que la zone bâtie progresse lentement vers le sud au gré de remblaiements et d’aménagements successifs, au détriment du fleuve.

15Parallèlement, l’apparition de vestiges dans la partie nord et est du site trahit peut-être la mise en place du réseau viaire. À l’échelle de la ville, la période augusto-tibérienne correspond à un essor de l’urbanisme : constitution des premiers quais dans le quartier Dessaux, création du centre monumental rue de Bourgogne et mise en place de la voirie du quartier Saint-Euverte. Toute ces actions relèvent de la puissance publique, il est tentant de s’interroger alors sur l’existence dès cette période d’un plan concerté d’urbanisme.

16La lente régression de l’occupation du site, perceptible dès le début du ier s., aboutit à l’époque flavienne et de façon plus marquée, dès le iie s., à une quasi-désertion (périodes 6,1 et 6,2). On est en droit de s’interroger sur les raisons qui permettent à ce secteur central de la ville antique de rester vierge de toute construction.

Essor du Bas-Empire, « renaissance » mérovingienne et déclin carolingien

17L’apparition de deux bâtiments en limite sud du site à la fin du Bas-Empire témoigne d’une modification de l’utilisation de l’espace (période 6,3). L’identification de ces deux édifices est délicate. Le premier, une grande cave à l’architecture massive, correspond peut-être à un entrepôt.

18Le second est une structure de rétention d’eau (bac, bassin, citerne ?). Le caractère massif de ces constructions et la présence d’un dépôt de fondation pourraient plaider pour leur appartenance au domaine public. Elles témoignent d’une réorganisation de l’espace contemporaine ou consécutive à la construction de l’enceinte dans le troisième quart du ive s.

19Entre le vie s. et le début du viiie s., de nombreuses constructions prennent place sur le site (période 7,1). Ces constructions sont pour l’essentiel maçonnées. La taille de ces maçonneries (parfois plus de 1,50 m de fondation), les dimensions de certains murs (plus de 16 m pour l’un et peut-être 30 m pour un autre) et la présence de nombreux enduits peints définissent de toute évidence une construction soignée de grande importance, relevant de toute évidence du domaine public. De nombreuses activités artisanales sont pratiquées au sein de ce site privilégié : forge, métallurgie du bronze, teinturerie et probablement fabrication du verre.

20Une domus probablement royale est mentionnée par Grégoire de Tours à Orléans en 585, date à laquelle le roi y séjourne quelques jours. Sa localisation exacte, traditionnellement située sous le Châtelet, situé environ 80 m au sud-ouest du site, ne repose sur aucune preuve concrète. Si la première mention du Châtelet n’apparaît dans les sources qu’au xive s., de fortes présomptions incitent à dater sa création autour du ixe s. Cette datation correspond sensiblement à celle où les bâtiments observés sur le site de la Charpenterie sont abandonnés. D’autre part, l’analyse des périodes antérieures et notamment celle du Bas-Empire tendrait à démontrer que ce secteur de la ville appartient au domaine public. Ces éléments incitent à considérer les vestiges mis au jour sur le site de la Charpenterie comme les témoins d’une partie de la résidence comtale.

21À partir du milieu du ixe s. et jusqu’au xie s., la fréquentation du site régresse fortement (période 7,2). Si certains bâtiments semblent ponctuellement réoccupés, l’essentiel de l’occupation observée, d’ailleurs uniquement constituée de fosses, se cantonne à la périphérie du site. De plus les éléments conférant un caractère privilégié à la période précédente, enduits peints, éléments architecturaux, ont disparu à cette époque, de même que les éléments témoignant d’activités artisanales. Cette désaffection du site peut trouver son origine dans l’essor du Châtelet comme nouveau siège du pouvoir militaire et politique.

22Ce transfert, vers le milieu du ixe s., est très certainement à mettre en relation avec le déclin du pouvoir central carolingien et la période d’instabilité liée aux incursions normandes.

Une importante campagne de construction capétienne

23À une date difficile à préciser, dans le courant du xie s. le site quasiment déserté est réinvesti et utilisé comme carrière d’extraction du calcaire (période 8). La quantité de matériaux de construction extraite paraît devoir être rattachée aux importantes campagnes de reconstruction d’une partie de la ville faisant suite à l’incendie de 989. Les sources nous informent que de nombreux édifices religieux sont bâtis ou rebâtis sous l’impulsion de Robert le Pieux (996-1031). Les mêmes sources sont, hélas, muettes sur la reconstruction du bâti civil. La multiplication des galeries d’extraction sur le site de la Charpenterie paraît plus volontiers correspondre à plusieurs chantiers de reconstruction de faible importance qu’au chantier lié à un seul édifice de grande dimension. La concentration de ces galeries sur le site de la Charpenterie est peut-être due à son appartenance au pouvoir royal, qui paraît, au vu des sources, être le principal commanditaire des travaux réalisés au xie s.

24Le comblement volontaire de ces carrières, à la fin du xie s. ou au tout début du xiie s., révèle un mobilier provenant d’un contexte privilégié. Il est possible d’imaginer que cette zone ait servi de décharge au Châtelet royal proche.

Le tissu urbain médiéval

25Lentement, entre le xiie et la fin du xive s., le site est réoccupé (période 9). Cette reconquête, d’abord perceptible sur les franges de l’îlot, en atteint bientôt le cœur. C’est pour permettre la desserte de cette partie centrale qu’est créée, vraisemblablement à la fin du xie ou dans le courant du xiiie s., la rue Croche-Meffroy ; rue nord-sud qui scinde le site en deux îlots distincts.

26Le parcellaire ainsi constitué ne subira guère de modification avant 1968, date à laquelle le quartier sera détruit. Tout juste peut-on supposer qu’autour du xvie s. plusieurs parcelles de l’îlot est se scindent pour donner naissance à des parcelles de dimensions fort réduites.

27Pour la période postérieure au xve s. (période 10), l’étude documentaire réalisée en amont de la fouille permet de pallier les lacunes des informations archéologiques (voir BSR 1997).

28Il est à noter qu’une partie des limites parcellaires mises en place entre les xiie et xive s. reprennent des axes remontant au haut Moyen Âge pour certaines et à l’époque augustéenne pour d’autres. Cette reprise n’est pas dictée par des contraintes topographiques et paraît trop persistante pour être le fruit d’une pure coïncidence. Plusieurs indices tendent à inscrire le site au sein du domaine public depuis l’époque franque de façon avérée et peut-être depuis l’époque augustéenne.

29Ces présomptions permettent de s’interroger sur la continuité entre le domaine public romain et le domaine public franc d’une part, et d’autre part, de souligner la rupture qui intervient autour du xiie ou xiiie s. lorsque le domaine public est démantelé au profit de propriétaires religieux et bourgeois.

Fig. 1 – Formes représentatives de la période 3,2 (ca. - 150/- 120)

Fig. 1 – Formes représentatives de la période 3,2 (ca. - 150/- 120)
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Titre Fig. 1 – Formes représentatives de la période 3,2 (ca. - 150/- 120)
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Pour citer cet article

Référence électronique

Thierry Massat, « Orléans – Îlot de la Charpenterie (partie nord) » [notice archéologique], ADLFI. Archéologie de la France - Informations [En ligne], Centre-Val de Loire, mis en ligne le 20 mars 2015, consulté le 15 juin 2024. URL : http://0-journals-openedition-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/adlfi/14336 ; DOI : https://0-doi-org.catalogue.libraries.london.ac.uk/10.4000/adlfi.14336

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Auteur

Thierry Massat

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Responsable d’opération

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